Burkina Faso : Patrice Chevalier, patron en campagne

Patrice Chevalier, patron de PPI Burkina. © DR

Persuadé que le pays peut être un modèle en matière d’énergie et d’environnement, ce Franco-Burkinabè de 57 ans multiplie les projets pour alimenter les villages en eau et en électricité.

Dans quelques semaines, PPI Burkina Faso va franchir une nouvelle étape dans sa croissance. L’entreprise familiale, fondée en 1988 par Patrice Chevalier et son épouse, prépare en toute discrétion le lancement d’un projet d’installation de systèmes d’adduction d’eau munis de pompes solaires dans 250 villages du pays. Une première pour cette entreprise aux activités diversifiées dans l’eau, l’énergie et les mines.

« Ce projet sera certainement l’un des plus importants dans ce domaine en Afrique de l’Ouest. Il va avoir un impact pour près d’un million de personnes », indique Patrice Chevalier, tout en précisant que sa mise en œuvre requiert au préalable l’aval des autorités du pays, la partie technique étant déjà finalisée.

Ce projet sera financé par l’une des principales banques commerciales de la place burkinabè, à hauteur de plusieurs millions d’euros. « En plus des travaux, PPI s’engage à assurer la maintenance et la gestion des équipements sur dix ans, ainsi que la formation des exploitants locaux pour accompagner le développement rural », précise cet ingénieur de formation.

Pragmatisme et vigilance

Arrivé au Burkina en 1983 comme coopérant à Diapaga, une localité située dans la province de la Tapoa, à 400 km à l’est de Ouagadougou, ce Franco-Burkinabè de 57 ans est également à la tête d’un autre chantier majeur : un projet d’écovillages. Situés autour de la capitale, ceux-ci sont dotés d’un système de production énergétique propre et autonome, grâce à un parc de panneaux solaires d’une capacité de production de 20 à 30 kW, reliés à des batteries.

Système d’adduction d’eau potable par pompage à énergie solaire, à Ronga. © DR


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« Nous installerons ensuite un réseau électrique de 4 à 5 km pour desservir les équipements essentiels à un village, comme les écoles, le marché, le centre de santé ou les lieux de culte. Ce système hybride peut être raccordé aux installations de la Société nationale d’électricité du Burkina (Sonabel) et ainsi permettre de réaliser des économies d’énergie », explique Patrice Chevalier. Il estime même que « le Burkina peut devenir un modèle à suivre en matière d’environnement et d’énergie ».

La multiplicité de projets tournés vers le développement rural de PPI illustre en tout cas la dimension prise par l’entreprise. « Elle est devenue l’un des acteurs de référence, contribuant largement à atteindre les objectifs fixés en matière d’accès à l’eau », souligne un ancien patron de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (Onea). Parti de presque rien, PPI doit sa réussite au pragmatisme de son fondateur et à la vigilance de son épouse, responsable administrative et financière.

Toujours humble et prolixe lorsqu’il s’agit des questions rurales, le chef d’entreprise sait anticiper et a toujours une longueur d’avance. « On a démarré, avec mon épouse, dans notre garage. C’était modeste. Je faisais le travail d’un simple ouvrier », raconte ce patron, qui compte aujourd’hui parmi ses principaux clients des opérateurs aussi significatifs que la Sonabel, l’Onea, l’Onatel ou Telecel Faso.


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Solide réputation

PPI indique avoir apporté l’eau dans 440 villes du pays et électrifié 170 localités, en partenariat avec le Fonds de développement de l’électrification (FDE) et la Sonabel. Également partenaire de SDMO, troisième fabricant mondial de groupes électrogènes, l’entreprise affirme vendre entre 250 et 300 générateurs par an. Elle s’est vite construit une solide réputation au Burkina « grâce à la qualité de ses services et au respect de ses engagements », confie un ex-cadre de l’Onea.

Ce fin connaisseur du secteur de l’eau ne tarit pas d’éloges sur Patrice Chevalier – « un pragmatique qui a de grandes ambitions pour son groupe » – et son entreprise : « PPI a su se professionnaliser pour devenir un acteur de référence dans les secteurs de l’eau et de l’énergie thermique. Au point qu’il songe à abandonner ses activités historiques dans la recherche et l’exploration minière pour se recentrer sur ses nouveaux métiers de prédilection. »


Développement sans frontières

PPI souffle cette année trente bougies au service du développement local et rural. Dès sa création, en juin 1988, l’entreprise s’est spécialisée dans des activités très pointues, de l’électromécanique à l’hydraulique en passant par les énergies solaires, destinées à des secteurs très divers, dans l’eau et l’assainissement, l’énergie ou encore la maintenance industrielle. Une diversification réussie qui permet à l’entreprise de réaliser un chiffre d’affaires compris entre 15 et 18 milliards de F CFA par an (entre 22 et 27,5 millions d’euros).

Également présent dans d’autres pays de la sous-région, PPI a effectué des travaux d’électrification dans 45 villages du Niger, financés par l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 10 millions d’euros. Au Mali, elle a équipé en systèmes d’adduction d’eau les villages de Koro, Barkas et Sofara, situés près de Mopti, pour un coût de 1 milliard de F CFA.

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