Conseil

PPP, pour un mariage heureux entre multinationales et États

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Thomas Léonard est le co-fondateur d’Okan, une société de conseil en stratégie et en finance spécialisée sur l’Afrique

Terminal à conteneurs de Doraleh (Djibouti) en 2013. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Cédric Sinarinzi, avocat à la cour et Thomas Léonard du cabinet de conseil Okan sont partisans des partenariats publics-privés. Devant la hausse du nombre de divorce, ils offrent leurs conseils pour que ces unions soient durables.

Après une période de lune de miel, les cas de brouille se sont récemment multipliés en Afrique entre les États et les partenaires privés. Veolia vient de se voir retirer par le Gabon la concession d’eau et d’électricité qu’exploitait la SEEG. À Djibouti, l’État a brutalement renationalisé le terminal portuaire géré depuis 2006 par l’émirati DP World. Devant la recrudescence de telles scènes de ménage, il paraît opportun de réfléchir aux conditions clés pour un PPP (partenariat public-privé) heureux en Afrique.

Des solutions idéales pour résorber le déficit d’infrastructures

Les PPP sont très en vogue et considérés comme des solutions idéales pour résorber le déficit d’infrastructures du continent. Dans le cadre des contrats d’affermage, c’est le savoir-faire en matière de gestion et de maintenance des infrastructures qui est prisé. Pour les DBOT (design, build, operate and transfer), ce sont les capacités des privés en matière de développement et de financement de projets complexes qui sont recherchées. Les besoins sont en effet massifs, 130 milliards de dollars (105 milliards d’euros) par an selon la BAD, et encore non satisfaits à plus de 40 %.

Ces PPP étant des engagements sur le long terme (vingt, voire cinquante ans), on peut les considérer comme de véritables mariages qui unissent un État et une entreprise privée.

Tout comme les mariages, certains PPP sont heureux, comme en témoignent plusieurs exemples : la vingtaine de ports gérés par Bolloré sur le continent, l’autoroute de 50 km entre Dakar et son nouvel aéroport développée par Eiffage (concession de trente ans) et le troisième pont d’Abidjan, construit par Bouygues (concession de trente ans).

En Afrique, où les autorités de tutelle ont souvent une expérience limitée en matière de PPP, les entreprises doivent s’armer de patience et faire preuve de pédagogie

D’autres sont moins durables… Il est d’ailleurs amusant de noter que les porte-parole de Veolia font largement appel au champ lexical de la crise conjugale : « demande de conciliation », « possibilité de divorce », etc.

Conseils conjugaux

Tout le monde le sait, si nouer un mariage est chose complexe, le faire durer l’est davantage. Voici quelques conseils pour la période de fiançailles, puis pour la noce.

Affronter le pensum des préparatifs. « Si tu n’arrives pas à organiser la fête, ne compte pas réussir ta noce », dit-on au Sénégal. Les préparatifs de mariage sont souvent longs et sources de tensions… tout comme la négociation d’un contrat de PPP. Ce contrat est pourtant fondamental, puisqu’il va régir le partenariat, fixer le montant des investissements, définir les responsabilités et répartir les risques entre les parties.

En Afrique, où les autorités de tutelle ont souvent une expérience limitée en matière de PPP, les entreprises doivent s’armer de patience et faire preuve de pédagogie. Brusquer la discussion est contre-productif, les problèmes non évoqués pouvant ressurgir au cours de la vie de la concession. Combien de contrats présentent des annexes vides, jamais complétées, représentant autant de risques juridiques majeurs !

Prendre des témoins. « Quand deux écureuils se battent, un troisième doit les séparer », dit-on au Gabon. Placer l’union sous le regard bienveillant de « témoins », pouvant servir de facilitateurs tout au long du contrat de concession, est essentiel. Les entreprises font souvent appel à des institutions de développement pour assurer ou financer leurs projets de PPP afin de limiter le risque politique.

Un autre type de témoin peut être un partenaire local qui saura gérer les subtilités propres au pays. Ainsi, au Sénégal, Eiffage est accompagné pour son autoroute, qui a nécessité un investissement de plus de 400 millions d’euros, par la Banque mondiale, l’Agence française de développement (AFD), etc.

Communication et concessions

Établir une bonne communication dans le couple. Passé les joies de la noce, qui est officialisée au moment de la coupure de ruban lors de l’inauguration, le plus dur reste à faire : faire vivre le partenariat dans la durée. C’est là qu’une bonne communication est fondamentale. Les investisseurs doivent mettre en place une équipe chargée d’interagir régulièrement avec les autorités, ainsi qu’un processus de revue de la concession, présentant les résultats opérationnels et financiers, et les possibles points de blocage. Tout doit être évoqué sans tabou.

Les investisseurs qui réussissent en Afrique sont ceux qui démontrent leur engagement sans faille pour le développement des pays d’accueil

Les investisseurs doivent prendre en compte les aspirations et les objectifs de la contrepartie publique, tout comme l’État doit considérer le besoin de retour sur investissement du privé. La société singapourienne Olam, dans le cadre de son partenariat avec le Gabon (plantations et infrastructures), a insisté pour la mise en place d’un comité interministériel avec qui tous les sujets et difficultés éventuelles sont régulièrement évoqués. Les parties sont flexibles dans la mise en œuvre du partenariat, en ayant une vision commune en faveur de la réussite du projet. À la clé, près de 2 milliards de dollars d’investissement menés à bien en moins de cinq ans.

Rester ensemble pour le meilleur et pour le pire. L’environnement viendra nécessairement à changer sur la durée de la concession, pour le meilleur (croissance plus forte que prévu) et pour le pire (crise politique, récession). Les investisseurs qui réussissent en Afrique sont ceux qui démontrent leur engagement sans faille pour le développement des pays d’accueil.

Que ce soit en partageant les fruits des années d’exploitation exceptionnelles (réinvestissement dans le pays par exemple) ou en se serrant les coudes pendant les périodes de vaches maigres. Les entreprises qui n’ont pas vacillé pendant la crise politique ivoirienne ont été reconnues pour leur engagement.

Longue vie aux partenariats publics-privés

Avoir des attentions. S’il est important de bien faire son métier en développant les infrastructures selon les stipulations des contrats, il est crucial pour les investisseurs étrangers de se faire accepter localement par la population. Il faut bien « faire » et « faire savoir », en communiquant sur les réussites des projets auprès du grand public.

Certains investisseurs mènent également – de manière efficace – des activités de RSE (responsabilité sociale des entreprises) pour gagner le soutien des populations locales : installation des Blue Zones de Bolloré, organisation du marathon d’Eiffage à Dakar (près de 10 000 coureurs). Comme chacun sait, les petites attentions permettent d’entretenir la flamme.

La réussite des PPP en Afrique est possible si ces conseils de bon sens sont appliqués. Ces partenariats sont effectivement des options intéressantes pour le développement des routes, ponts, aéroports, centrales dont le continent a tant besoin. Ce sont également de belles occasions à saisir pour les entreprises. Longue vie aux PPP !

Okan Consulting conseille certaines des entreprises citées dans cet article.

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