Burkina Faso : examen réussi pour Coris Bank

Par - à Ouagadougou

Coris Bank. © sia kambou/AFP

Dix ans après sa fondation, le groupe burkinabè centré sur les PME a acquis la maturité suffisante pour aborder de nouveaux marchés et se lancer dans le digital.

En janvier, Coris Bank International (CBI) soufflait avec faste ses dix bougies. Fondé en 2008 sur les cendres de la Financière du Burkina, un établissement de crédit alors en pleine difficulté, le groupe a connu un développement rapide aussi bien au Burkina, son principal marché (+ 20 % des parts) que dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Ragaillardie par une croissance domestique soutenue durant la période 2008-2013, où le bilan total est passé de 237 milliards de F CFA en 2010 à plus de 885 milliards (de 361 millions à 1,35 milliard d’euros) en 2016, la banque a poursuivi son expansion régionale, même si elle a échoué à racheter la BIA au Niger.

Un résultat net de 19 milliards de francs CFA

« Coris a pour objectif de mettre en place une banque panafricaine. À partir de la réussite au Burkina, les actionnaires ont, dès 2013, entériné l’implantation en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nous sommes présents dans cinq pays. C’est un parcours historique qui témoigne de la confiance que les clients et les partenaires portent à la banque », se félicite Diakarya Ouattara, à la tête de CBI-Burkina. Cette poussée régionale s’est faite sous la houlette de Coris Holding, qui chapeaute les filiales implantées dans les autres pays.

Les PME restent notre cœur de cible : 60 % de nos financements sont dirigés vers elles

L’an dernier, le groupe a réalisé au Burkina un résultat net d’environ 19 milliards de F CFA, confirmant la forte rentabilité de l’établissement sur son marché domestique. « C’est une croissance accélérée et maîtrisée en ce sens que notre stratégie repose sur des piliers solides avec un contrôle parfait des risques [4,6 % de créances douteuses en 2017] », assure le directeur général.

Pour ce fidèle compagnon de l’homme d’affaires Idrissa Nassa, patron et emblématique fondateur du groupe bancaire, le leitmotiv demeure intact : « Les PME restent notre cœur de cible ; 60 % de nos financements sont dirigés vers ces acteurs, que nous considérons comme le socle du développement. » La banque indique avoir apporté en dix ans plus de 2 000 milliards de F CFA dans le financement de l’économie burkinabè. « Nous allons pérenniser ces acquis afin que Coris soit un instrument de financement de l’économie et booste le développement des entreprises », insiste Diakarya Ouattara.

Note d’investissement : BBB

Avec un résultat net de 16,4 milliards de F CFA en 2016 (+ 9,2 % sur un an), les activités bancaires sont prépondérantes au sein du groupe. Au 31 décembre 2017, CBI avait atteint les 1 130 milliards de F CFA de total bilan, contre 885 milliards engrangés un an plus tôt (+ 28 %), confortant ainsi sa place de première banque du pays.

Ces dernières années, Coris Bank s’est hissé parmi les leaders de la place financière de Ouagadougou, tout en déployant une stratégie d’expansion régionale. Le groupe est aujourd’hui présent en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Mali, au Togo et au Sénégal.

L’agence de notation West Africa Rating Agency (Wara) avait salué ce parcours en lui attribuant en décembre 2017 la note d’investissement BBB. Un test qui conforte l’organisation et la solidité financière de Coris –Holding, chargé des filiales, et qui prépare son ouverture à de nouveaux marchés.

« Nous avons voulu la notation pour tester l’organisation et la solidité financière de notre holding par rapport aux standards internationaux. Nous sommes très satisfaits du résultat, comparable à celui de l’État du Burkina. On a donc une structure solide », a déclaré à Jeune Afrique Idrissa Nassa, qui contrôle 56 % du capital du groupe (contre 70 % en 2016, avant l’introduction en Bourse de 20 % du capital).

Le Gabon et la Guinée dans le viseur

« Nous allons continuer de nous développer, d’aborder de nouveaux marchés en consolidant l’assise de l’Union économique et monétaire » annonce Idrissa Nassa

Il faut dire que cette note d’investissement est située un cran au-dessus de la note acceptée par le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), régulateur régional, pour émettre des obligations sans garantie. Présent dans divers métiers de la finance (banque, assurance, Bourse, conseil et gestion d’actifs), le groupe se jauge avant ses prochaines échéances.

« Nous allons continuer de nous développer, d’aborder de nouveaux marchés en consolidant l’assise de l’Union économique et monétaire », assure Idrissa Nassa, qui a fait ses armes dans le négoce des pièces détachées et des produits de grande consommation comme le riz. Dans son viseur figurent ainsi le Gabon et la Guinée. Le groupe prévoit aussi le lancement en mai d’une offre digitale en partenariat avec la fintech française TagPay, qui travaille déjà avec la sénégalaise Cofina et la congolaise (RDC) Trust Merchant Bank.


Changement de gouvernance

L’assemblée générale des actionnaires de Coris Bank International (CBI) a entériné l’an dernier la suppression du poste de président-­directeur général, détenu jusqu’alors par son fondateur et principal actionnaire, Idrissa Nassa. La création d’un poste de président du conseil d’administration et d’un poste de directeur général a été approuvée, afin « d’instaurer un double contrôle de l’action du management et de moderniser la gouvernance » du leader du secteur bancaire burkinabè, coté à la BRVM (20 %).

Les actionnaires de CBI, parmi lesquels figurent la Caisse nationale de sécurité sociale burkinabè et l’assureur Sonar, ont demandé à Nassa « d’accompagner la nouvelle direction et d’assurer la continuité » en présidant le conseil d’administration. Conservant son influence au sein du groupe, il supervise le projet d’expansion tout en dénichant les gros financements. Ce changement a abouti à la nomination de Diakarya Ouattara, alors directeur général adjoint de CBI.

Outre le changement de gouvernance, l’assemblée générale a décidé de porter le capital social de la banque à 32 milliards de F CFA par l’émission de 150 000 actions gratuites, d’une valeur nominale de 5 000 F CFA, distribuées aux actionnaires.

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