Burkina Faso : le FMI soumet le pays à un test d’effort

Le moulin de la mine d’or d’Essakane, exploitée par Iamgold. © Iamgold.com

Plus de 150 millions de dollars : c’est le montant de la nouvelle aide triennale accordée aux autorités de Ouagadougou par le FMI. Avec un objectif fixé : poursuivre les réformes pour améliorer la capacité de résistance du pays.

Depuis de nombreuses années, le Burkina Faso et le FMI entretiennent des relations privilégiées. Le 14 mars, le Fonds a signé avec les autorités de Ouagadougou un nouvel accord triennal de 157,6 millions de dollars (127,8 millions d’euros), « en appui au programme national de réformes économiques et financières » mis en place par le gouvernement.

Une aide qui survient dans un contexte économique plutôt satisfaisant, grâce à l’effet conjugué des investissements publics, de la bonne tenue des exportations, notamment d’or et de coton, et de récoltes abondantes.

le chiffre +6 % c’est le taux de croissance que le pays devrait atteindre en 2018, légèrement inférieur aux 6,4 % de 2017

La croissance poursuit son accélération : + 3,9 % en 2015, + 5,9 % en 2016, + 6,4 % en 2017 et des prévisions de + 6 % en 2018 et les années suivantes. L’inflation est sous contrôle, à 2 % l’an, et les banques ont démontré leur solidité.

Mais le Burkina a encore des défis considérables à relever. Le terrorisme l’a contraint à mieux se défendre – son budget militaire et sécuritaire a bondi de 21 % l’an dernier et encore de 50 % cette année. Avec 44 % de sa population vivant avec moins de 1,90 dollar par jour, il se classe parmi les plus pauvres de la planète. Et l’impatience des Burkinabè grandit, provoquant manifestations et grèves.

La marge de manœuvre du gouvernement reste pourtant limitée. Plombé par le gonflement de la masse salariale de la fonction publique , le déficit budgétaire a dépassé les 8 % du PIB, et la balance commerciale persiste à pencher du mauvais côté, alors que les échanges extérieurs sont en baisse de 8,4 %. En conséquence, la dette publique s’est encore creusée jusqu’à 41 % du PIB, contre 30,4 % en 2014.


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Fin des impayés

Rien de préoccupant pour l’instant, mais le pays est vulnérable. Que le terrorisme fasse fuir les visiteurs venus à Ouagadougou pour le premier festival de cinéma de la région ou pour le plus grand salon d’art et d’artisanat du continent et la croissance en sera sévèrement affectée. Que la sécheresse nuise aux cultures, notamment au coton, et la crise sera de retour dans les villages. Que le prix du pétrole flambe et les réserves en devises fondront comme neige au soleil, rendant plus problématiques les importations de biens indispensables.


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C’est donc pour muscler la résilience burkinabè que le FMI a travaillé à un programme multifacettes. « Il faut que l’État dégage plus de recettes fiscales afin de faire face aux dépenses sécuritaires et sociales croissantes », détaille Dalia Hakura, chef de la mission envoyée par le Fonds.

Il faut aussi que les dépenses publiques soient mieux contrôlées

Cela suppose que l’effort de recouvrement des arriérés d’impôts soit mené à bien, que la facturation normalisée de la TVA soit opérationnelle et que le relèvement des impôts sur les plus-values devienne effectif.

« Il faut aussi que les dépenses publiques soient mieux contrôlées », poursuit Dalia Hakura. La maîtrise des augmentations salariales des fonctionnaires est donc au programme, tout comme la fin des impayés entre les deux entreprises publiques énergétiques (Sonabel et Sonabhy), ainsi que la décrue des subventions aux carburants, toujours reportée… « Il faudra améliorer les projets d’investissements et leur gestion », ajoute la chef de mission.

Une liste des dix chantiers prioritaires de 2019 sera établie parmi les grands projets de plus de 1 milliard de F CFA (1,5 million d’euros), sur la base d’une évaluation coûts-avantages.

Les projets réalisés grâce à des crédits fournisseurs, tels que l’hôpital et le contournement routier de Ouagadougou, seront réintégrés dans le budget et comptabilisés dans la dette publique pour plus de transparence. Les partenariats public-privé seront plafonnés à 200 milliards de F CFA par an, et leurs risques budgétaires, soigneusement évalués.


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Objectifs : ramener en 2021 le déficit budgétaire à 3 % du PIB et le déficit des échanges à 6,9 %, stopper l’inflation de la dette et dégager les sommes nécessaires pour soutenir les plus vulnérables. Il s’agira, à terme, de faire passer le nombre des bénéficiaires de ce « filet social » de 15 000 à 72 000 personnes.

D’autre part, les autorités entendent poursuivre le programme de soins gratuits pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, ainsi que celui consacré à la formation des adolescents aux métiers du maraîchage, de la couture, du tissage et de l’embouche. Les dépenses sociales feront d’ailleurs l’objet d’une attention toute particulière du FMI pendant les trois ans du programme, avec un plancher fixé à 2,2 % du PIB en 2018. Une sage précaution.

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