Politique

Le match de la semaine : Muhammadu Buhari vs Olusegun Obasanjo au Nigeria

© DR / JA

Alliés en 2015 face à Goodluck Jonathan, Muhammadu Buhari et Olusegun Obasanjo s'opposent désormais. En janvier, le second a demandé au premier de ne pas se présenter pour un second mandat. Mais Buhari n'entend pas écouter le conseil de son aîné.

Qu’ils semblent loin, les sourires de Buhari et d’Obasanjo, main dans la main et radieux dans la victoire ! C’était en 2015 – une éternité… Muhammadu Buhari venait de l’emporter face à Goodluck Jonathan. Un succès scellé dans les semaines précédant l’élection, grâce notamment à un soutien de taille : celui d’Olusegun Obasanjo. L’ancien chef de l’État avait claqué la porte de son People’s Democratic Party (PDP) pour appuyer la candidature de l’austère général venu du Nord. Pour la première fois, un opposant battait un président sortant.

Mais, en janvier dernier, un coup de tonnerre tout aussi violent a ébranlé le Nigeria. Obasanjo a repris la plume et, avec cette même verve acide qui jadis lui avait servi à pourfendre Jonathan, il a lancé l’offensive contre Buhari. « J’appelle mon frère à songer à prendre un repos mérité. Je lui souhaite une bonne santé afin de profiter de sa retraite », écrit-il, lui intimant de renoncer à briguer un second mandat.


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« Papa va mollo »

À 81 ans, Obasanjo est une figure respectée, un vieux sage pour certains, que Buhari n’a néanmoins pas décidé d’écouter. Le 9 avril, lors d’une réunion du comité exécutif du All Progressives Congress (APC), le chef de l’État a mis fin au suspense : il a annoncé son intention de se présenter à la présidentielle de février 2019. Des cris de joie ont retenti à Kano, la grande ville du Nord, et de nombreux barons de sa coalition ont exprimé leur contentement. Ces satisfecit ne reflètent pourtant pas l’opinion de la majorité de leurs concitoyens tant Buhari a déçu les espoirs qu’ils avaient placés en lui.

Le Nigeria pourrait être en voie de “bouteflikaïsation”

Sur le plan économique et social, son bilan est critiqué. Alors que le pays sort avec difficulté de la récession, les Nigérians attendent toujours des résultats en matière de lutte contre la corruption (l’une de ses principales promesses de campagne). La situation sécuritaire reste, elle aussi, très préoccupante. Si Boko Haram a reculé, des conflits interethniques gangrènent de nombreux États du géant ouest-africain. Surtout, ses dernières tournées dans le pays ne font pas oublier qu’à 75 ans Buhari, malade, est un président affaibli. Baba Go Slow (« Papa va mollo »), le surnomment aujourd’hui les Nigérians, qui raillent son immobilisme et son incapacité à entreprendre des réformes.


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L’Homme idéal

Cet état physique chancelant fait douter de sa capacité à diriger le pays quatre années de plus. « Le Nigeria pourrait être en voie de “bouteflikaïsation”, estime Marc-Antoine Pérouse de Montclos, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD, Paris). Mais l’APC n’a aucune autre figure consensuelle à mettre en avant. Aujourd’hui, Buhari est le seul à avoir une envergure nationale. C’est un candidat par défaut. »

L’ancien président travaille à la chute de celui qu’il avait fait roi il y a trois ans

Même si l’intéressé doit encore passer l’épreuve des primaires à la fin de l’année, il conserve de bonnes chances de rester à l’Aso Rock Villa pour un second mandat. Si nombre de prétendants ne cachent plus leur désir de lui succéder, le PDP, divisé, ne parvient pas à faire émerger une figure de premier plan. Début janvier, Olusegun Obasanjo a lancé un vaste mouvement conçu pour séduire les mécontents des deux grandes coalitions, mais il n’a pour l’instant pas réussi à rallier des poids lourds de la politique. S’il souhaite faire échouer Buhari, Obasanjo devra trouver l’homme idéal. Ce faiseur de rois a exclu jusqu’à présent d’être lui-même candidat.

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