Le juste retour des héros algériens

par

Historien et anthropologue.

Les restes mortuaires de plusieurs dizaines de résistants algériens sont entreposés à Paris dans le Musée de l'Homme, qui dépend du Muséum national d'Histoire naturelle. © Francois Mori/AP/SIPA

Indéniable nécessité, le retour des restes mortuaires des héros de l’Algérie a été décidé par Emmanuel Macron lors de son passage à Alger en décembre 2017. Ni déni ni repentance, avait alors affirmé le président français. Peut-être. Mais les Algériens doivent exiger des réparations, selon Ali Farid Belkadi.

Tribune. Dans sa pièce Antigone, Sophocle, se réclamant des décisions divines, évoque la loi qui interdit à son héroïne d’accomplir les rites funéraires pour son frère Polynice. Cette tragédie se rejouerait-elle au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, où les restes mortuaires de plusieurs dizaines de résistants algériens, décapités par les Français, sont retenus et privés de sépulture depuis le XIXe siècle ?


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En 2011, on en dénombrait une quarantaine. Effectué à la demande du ministère algérien des Moudjahidine en 2017, un autre inventaire porte à 68 le nombre de « sujets » – comme on les nomme au Muséum. Le dernier inventaire auquel nous avons procédé en mars 2018 répertorie, lui, 468 ossements. Parmi eux, les crânes de 70 résistants décapités à l’issue du siège de Zaâtcha (Biskra), qui fit près de 2 000 morts, soit toute la population de cette oasis des confins sahariens.

Ces restes ne font l’objet d’aucune étude scientifique

Les savants français du XIXe siècle assignaient aux humains des catégories ethniques et culturelles. Le modèle blanc européen surpassait bien sûr celui des indigènes des colonies : « Les races à crâne déprimé et comprimé sont condamnées à une éternelle infériorité », écrivait Georges Cuvier dans un rapport adressé à l’Académie de médecine. Celui-là même qui dépeça Saartjie Baartman, la « Vénus Hottentote ».

Nul musée africain ne retient les restes mortuaires d’Européens ou le pantalon du roi Dagobert

L’étude approfondie des groupements humains pour la postérité reste l’argument avancé pour le maintien des ossements des combattants algériens au MNHN. Sauf que ces restes mortuaires, séquestrés dans de vulgaires boîtes, ne font l’objet d’aucune étude scientifique… Étude des groupements, prétend-on ? Les restes de Cuvier, décédé à Paris le 13 mai 1832, ne figurent pas dans les collections mortuaires du Muséum de Paris… Il fut très chrétiennement inhumé dans le cimetière du Père-Lachaise.

Réparations

Indéniable nécessité, le retour des restes mortuaires des héros de l’Algérie a été décidé par Emmanuel Macron lors de son passage à Alger en décembre 2017. Les autorités algériennes en avaient officiellement fait la demande. Il était temps. Ni déni ni repentance, avait alors affirmé le président français. Peut-être. Mais les Algériens doivent exiger des réparations.


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Tenez : pour admirer les œuvres anciennes, archéologiques, artistiques spoliées aux Africains par la France, il faut acquitter un droit d’entrée au Museum du Trocadéro ou au Musée du Quai-Branly.

Et si on accordait un tarif préférentiel aux ressortissants des pays du continent ? Après tout, nul musée africain ne retient les restes mortuaires d’Européens, les œuvres d’art de peintres de la Renaissance, les bijoux de Catherine de Médicis ou le pantalon du roi Dagobert…

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