A Tanger, Cervantès et le théâtre d’ombres

Le théâtre Cervantès est au centre d'un imbroglio entre le Maroc et l'Espagne. © DR

Bâtiment historique construit au début du XXe siècle dans le quartier espagnol de Tanger, le grand théâtre Cervantès est à l'agonie.

En plein cœur de Tanger et de son quartier espagnol, le grand théâtre Cervantès. Beau, majestueux, mythique. Construit par un riche commerçant pour son épouse, inauguré en 1913 et propriété de l’Espagne depuis 1928, sa salle de 1 400 places a vu jouer nombre de pièces, accueilli des projections de films, des expositions, des concerts et même des meetings politiques, avant de sombrer dans une longue agonie.

Sur les façades et dans les couloirs, statuettes et céramiques jaune et bleue d’époque restent magnifiques malgré la ruine et la décrépitude. Seuls maîtres des lieux : les chats errants et les fantômes du passé. Immeuble en péril oblige, aucun visiteur n’est plus autorisé à y pénétrer.

Ravages du temps

La scène de celui qui fut le plus grand théâtre d’Afrique du Nord s’est éteinte en 1974 et, jusqu’en 1993, date de la fermeture définitive du bâtiment au public, il était parfois loué pour 1 dirham symbolique le temps d’une exposition. Son drame : être au centre d’un étrange imbroglio entre le Maroc et l’Espagne, toujours propriétaire des lieux.

Depuis plus de dix ans, les deux royaumes cherchent une solution. En difficulté financière, l’État européen est d’accord pour céder gratuitement son bien au Maroc, à condition que celui-ci s’engage à assurer sa restauration (estimée entre 3 et 5 millions d’euros) et sa gestion.


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Nous n’avons aucun désaccord avec les Marocains

En 2016, les deux parties s’apprêtaient à signer la convention de cession, mais la crise politique survenue en Espagne (retard de formation du gouvernement, conflit catalan) a entraîné un report. « Nous n’avons aucun désaccord avec les Marocains. Nous sommes en train de finaliser ce processus de passation afin qu’il soit satisfaisant pour les deux parties », rassure une source diplomatique espagnole.

Derrière le terme « satisfaisant », un conflit sous-jacent : pour céder son édifice, l’Espagne exige que l’on continue à y célébrer sa culture. Mais l’idée qu’une ancienne puissance coloniale leur dicte leur politique n’est pas forcément pour plaire aux Marocains. En attendant que les uns et les autres accordent leurs violons, le Grand Théâtre n’en finit plus de succomber aux ravages du temps.

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