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Cet article est issu du dossier «Maroc : le paradoxe du Nord»

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Politique économique

Le « phare de la Méditerranée » sort (enfin) du brouillard

Le développement d’Al Hoceima doit désenclaver le Rif. © Mohamed Drissi K. pour JA

Les retards accumulés dans la mise en place du programme de développement de la ville d'Al Hoceima, visant à désenclaver le Rif marocain, ont provoqué la colère de Mohammed VI, en novembre dernier. Depuis, les choses semblent bouger.

Après la colère royale, l’heure est au travail. L’institution chargée du plan de développement Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit (« Al Hoceima, phare de la Méditerranée »), dont le retard d’exécution avait entraîné le limogeage de plusieurs personnalités publiques en octobre et en novembre 2017, met les bouchées doubles.

« Malgré les retards, le plan sera achevé dans les délais, c’est-à-dire en 2019 », assure Mounir El Bouyoussfi, directeur général de l’Agence pour la promotion et le développement du Nord (APDN).

Nous avons pu rattraper tout le retard

Cette agence, créée par Hassan II en 1996 pour désenclaver le Rif, gère directement les projets les plus importants du programme. Sa structure souple et surtout son expertise en matière de maîtrise d’ouvrage lui donnent une longueur d’avance sur les départements ministériels, ralentis par une bureaucratie pléthorique. « En un an, nous avons pu rattraper tout le retard constaté dans la réalisation de ce plan signé devant le roi en octobre 2015 », se félicite El Bouyoussfi.

Limogeages royaux

À la fin 2017, 4,6 milliards de dirhams (près de 409 millions d’euros) ont été engagés, sur un montant global de 6,5 milliards prévus. Ils concernent 580 projets, dont 30 % ont bel et bien été achevés.

La marina d’Al Hoceima a ainsi vu le jour pour 140 millions de dirhams, ainsi que des terrains de football, des écoles, des routes rurales et des établissements de santé. Les travaux du théâtre et du conservatoire de musique sont également très avancés. De même pour le grand marché sous charpente du village d’Imzouren, l’un des foyers de la contestation rifaine.


>>>– A lire : Tensions à El Hoceima : les chiffres des inégalités sociales qui expliquent la grogne marocaine


Sentant l’épée de Damoclès planer au-dessus de leur tête, tous les élus locaux se sont mis au travail. Ils sont étroitement encadrés par la Cour des comptes – initiatrice de l’audit à l’origine des limogeages royaux – et le ministère de l’Intérieur, qui les convoque régulièrement pour faire le point sur l’avancement du plan de développement d’Al Hoceima.

Mais, aussi salutaires soient-elles, ces infrastructures ne pourront désenclaver la région tant que la problématique de l’emploi ne sera pas résolue. À Al Hoceima, le chômage atteint 21,4 % en milieu urbain et 13,6 % en zone rurale selon les données officielles.

Infographie : JA

Entre les montagnes

Dans la périphérie de la ville, à Aït Kamra, une filiale de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) spécialisée dans l’aménagement, Med Z, a lancé une zone industrielle en 2010. Mais les entreprises qui s’y sont installées, essentiellement des PME (textile, agroalimentaire…), ne travaillent que dans la province et sa périphérie.

Contrairement à Tanger, Al Hoceima est une zone entourée de montagnes. Il est donc très difficile d’y mener des projets industriels internationaux capables de combler les attentes en matière d’emploi.

Les responsables de la ville attendent cependant avec impatience la mise en service du port Nador West Med, un projet de 10 milliards de dirhams censé être opérationnel en 2021 et que les autorités présentent comme le deuxième complexe portuaire intégré après Tanger Med.

Il sera édifié à 30 km de Nador, en face des principales routes maritimes est-ouest empruntées par les conteneurs et les produits pétroliers. Nador, qui relève de la région de l’Oriental, se situe à deux heures de route d’Al Hoceima (126 km).

Les activités qui y sont prévues pourraient durablement sortir l’ensemble du Nord de son enclavement et de sa marginalisation économique.

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