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Cet article est issu du dossier «Côte d’Ivoire : les planteurs, un électorat courtisé»

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Politique

François Ruf : « En Côte d’Ivoire, politique et cacao sont indissociables »

François Ruf, Chercheur associé à l’Institut de recherche pour le développement de Yamoussoukro. © DR

Chercheur associé à l’Institut de recherche pour le développement de Yamoussoukro, François Ruf répond à nos questions sur le comportement électoral des planteurs ivoiriens.

Jeune Afrique : Y-a-t-il un vote des planteurs en Côte d’Ivoire ?

François Ruf : Il n’y a pas un vote mais des votes, et ils sont assez marqués. L’avènement du multipartisme a été la porte ouverte à l’instrumentalisation des planteurs par les partis politiques. Dans l’Ouest par exemple, cela s’est fait en partie sur des bases ethniques, avec une fracture entre les « autochtones », ceux qui estiment être les premiers arrivés et revendiquent un droit sur la terre, et les populations « allogènes », venues d’ailleurs pour cultiver le cacao.

Les autochtones étaient traditionnellement contre le régime d’Houphouët-Boigny et donc soutenus par le FPI, tandis que les allogènes, dont beaucoup venaient du centre du pays, la région du premier président ivoirien, étaient plutôt favorables au PDCI. Avec le temps, les conflits autour de la terre se sont accentués. En Côte d’Ivoire, la culture cacaoyère est si importante pour l’économie que politique et cacao sont indissociables.

Le cacao est régulièrement à l’origine des conflits, comme celui de la forêt de Goin-Debé, à la fin de l’année 2017, qui a fait plusieurs morts. Ces heurts sont-ils seulement fonciers ou également politiques ?

Les planteurs sont politisés, mais historiquement ils n’exprimaient pas leurs divergences de façon violente. Ils avaient pour habitude de trouver des solutions locales. C’est l’immixtion des hommes politiques qui a exacerbé les conflits. Ceux-ci ont joué des divergences entre les uns et les autres.

Les dix années de crise qu’a connues la Côte d’Ivoire peuvent d’ailleurs être vues comme l’expression de conflits qui se sont cristallisés autour de l’économie cacaoyère. Il faut donc toujours surveiller la situation de près, d’autant qu’avec la manne que représente la terre ivoirienne les acteurs se sont multipliés : des cadres et de nouvelles compagnies sont arrivés de l’étranger.

À Abidjan personne n’aide les planteurs à se structurer car personne n’a intérêt à ce qu’ils donnent de la voix

La baisse des cours mondiaux du cacao depuis un an peut-elle être source de tensions ? 

Le propre du milieu agricole, c’est sa capacité de résilience. Les planteurs savent supporter des périodes de prix bas et attendre des jours meilleurs. Les cours n’ont donc pas une influence fondamentale sur les tensions dans le pays.

Alors que des élections locales doivent avoir lieu avant la fin de l’année, les planteurs peuvent-ils être une force décisive ? 

C’est trop tôt. Les planteurs ne me semblent pas suffisamment organisés pour réellement peser. Ils sont conscients de leurs préoccupations et de leurs problèmes communs, mais ils ont souvent du mal à les transformer en expression politique. D’autant qu’à Abidjan personne ne les aide à se structurer car personne n’a intérêt à ce qu’ils donnent de la voix.

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