Cinéma – Vent du nord, un film empreint de solidarité internationale

Les acteurs Abir Bennani et Mohamed Amine Hamzaoui © Arney Production/Propaganda Productions/Helicotronc

Dans un film généreux et très politique, le réalisateur tunisien Walid Mattar rapproche les classes populaires tunisiennes et françaises. Et dénonce un système économique absurde.

Quelque part dans une petite ville côtière du nord de la France, il y a Hervé, longue silhouette usée par des années d’usine à découper des semelles de chaussure. Le demi de bière avec les copains ouvriers dans le bistrot du bourg entre deux courses hippiques, à croire au jackpot. Le rêve de changer de vie pour devenir pêcheur, lorsque son usine est délocalisée, et de retrouver peut-être, seul patron à bord de son bateau, un peu de sa dignité d’homme.

Le rêve de changer de vie pour devenir contremaître, échapper à la misère, conquérir Karima

Quelque part à Tunis, il y a Foued, jeune garçon qui a été embauché dans la même usine de chaussures, réimplantée dans sa ville. Le thé dans un café de son quartier avec les amis, les heures qui s’étirent à parler de tout et surtout de rien. Le rêve de changer de vie pour devenir contremaître, échapper à la misère, conquérir Karima, qui travaille avec lui, et retrouver peut-être, seul maître de son destin, un peu de sa dignité d’homme.

Délocaliser les luttes

Entre ces trajectoires, il y a le vent, la mer, les poissons, les grands oiseaux, qui rapprochent plus qu’ils n’éloignent les deux hommes. Avec Vent du nord, trois fois récompensé aux Journées cinématographiques de Carthage, le réalisateur tunisien Walid Mattar rappelle des évidences qui le sont de moins en moins en ces temps d’exacerbation identitaire : « Des deux côtés de la Méditerranée, les gens sont pareils même s’ils ne se connaissent pas, même si des partis nationalistes ou islamistes les dressent les uns contre les autres. Un système économique injuste, absurde les broie tous. »

Le cinéaste né en 1980 à Hammam-Lif, une banlieue ouvrière de Tunis, et qui signe ici son premier long-métrage, sait de quoi il parle. Il a travaillé dans une usine de câblage électrique pendant un peu moins d’un an avant de quitter son emploi, « bouleversé » par son expérience. « Il n’y a aucune gestion du personnel, on peut être licencié n’importe quand, les salaires sont tellement bas que l’on se demande même s’il s’agit d’un travail qui doit permettre d’évoluer, de s’épanouir ! »

Le réalisateur défend une vision très marxiste des rapports sociaux

Vent du nord est une manière de ranimer une solidarité de « classe ». Même si le réalisateur n’emploie pas ce mot, il défend une vision très marxiste des rapports sociaux. Il veut croire qu’aujourd’hui on peut aussi délocaliser les droits et les luttes, que les nationalités ne sont pas un obstacle. Et le tournage du film, porté par une équipe tunisiano-franco-belge, « qui s’est parfaitement bien passé dans une ambiance familiale », donne du crédit à cette belle utopie.

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