Société

Des femmes contre les femmes

Des Tunisiennes tiennent une pancarte lors d'une manifestation pour demander l'égalité entre hommes et femmes à Tunis (Tunisie), le 10 mars 2018 © Hassene Dridi/STR/AP/SIPA

Militantes pro polygamie ici ou militantes pro inégalité là. On ne peut que constater combien les femmes peuvent être les ennemies des femmes et à quel point elles empêchent alors l’islam de s’inscrire dans l’universalité.

Chronique. Mon dernier « Post-scriptum » sur une association de femmes militant pour la polygamie n’a pas été du goût de tout le monde ; j’espère qu’il n’a offensé personne. Je rappelle cependant que cette page ne prétend ni édifier les esprits ni dispenser un savoir ou une connaissance dont l’auteur serait forcément dépositaire.

Mes propos n’étaient en aucun cas dirigés contre des mamans en situation de polygamie

Elle vise à émouvoir, à titiller, à faire sourire, parfois aux moyens de l’exagération ou de l’ironie. Ne prenez donc pas tout ce que je dis au premier degré. Mes propos n’étaient en aucun cas dirigés contre des mamans en situation de polygamie, mais contre une bande d’épouses qui sont montées au créneau pour demander quatre femmes à leur… – je ne pourrais même pas dire « moitié », puisqu’il faudrait diviser le bonhomme en quatre.

Certaines mères ont été contraintes de vivre avec des coépouses et le sont encore, sans l’avoir jamais choisi, il ne s’agit pas de rajouter à leur malheur. Mais un lobbying féminin pour la multiplicité des concubines, c’est au-delà de tout, y compris du texte coranique qui, plus juste, recommande au croyant : « Si vous craignez de ne pas être équitable, n’en épousez qu’une seule. Et vous ne serez pas équitable. »

Bigoterie rigide

Cela étant dit, je sens qu’il va falloir vous présenter des excuses à l’avance si je veux continuer sur le même registre et évoquer un phénomène similaire. Le voici. Peu de jours après la manifestation qui a eu lieu à Tunis le 10 mars dernier pour revendiquer l’égalité dans l’héritage entre les deux sexes, une contre-marche a été organisée en faveur de l’inégalité successorale.

Des filles, en majorité voilées, ont brandi des banderoles demandant le droit d’être spoliées. Les réactions sur les réseaux sociaux n’ont pas tardé : syndrome de Stockholm, bigoterie rigide, manipulation du parti islamiste, etc. Moi, pour une fois, j’ai essayé de réfléchir. Ces femmes justifient leur position en expliquant que c’est une loi religieuse.

Alors, j’ai voulu savoir dans quel contexte le verset stipulant de donner le double des biens aux garçons fut révélé. Il paraît que, en ces temps-là, les filles ne travaillaient pas, gagnaient que dalle et que l’on pouvait en hériter au même titre que les biens meubles. Le législateur musulman a eu l’élégance de leur donner des subsides et la liberté d’en disposer à leur guise. C’était plutôt une bonne nouvelle.

Mais il en va tout autrement aujourd’hui. Les femmes bossent, peuvent gagner autant, voire plus, que les mecs et il leur arrive de constituer à elles seules la totalité du patrimoine familial. Vous trouvez que c’est logique de continuer à leur concéder la moitié de ce qui revient aux hommes ?

Les pourfendeuses de l’égalité n’en démordent pas, elles vous renvoient toujours le même argument : « C’est dans le Coran. » Mais, mes chéries, l’esclavage aussi est dans le Coran ! On l’a aboli parce que l’époque actuelle ne l’autorise plus.

Pourquoi, dès qu’il s’agit des femmes, les interdits religieux ont-ils force de loi éternelle ?

Pourquoi, dès qu’il s’agit des femmes, les interdits religieux ont-ils force de loi éternelle ? Est-ce parce que c’est une affaire de sous, en l’occurrence ? Pourquoi ne pas adopter, comme pour l’esclavage, une nouvelle lecture qui honore l’islam et montre que son message peut s’adapter à tous les temps et aux conventions internationales ?

À condition de le laisser évoluer dans le sens de l’Histoire, bien sûr. Dieu ne s’opposerait pas à plus de justice et d’égalité ; il n’interdirait pas non plus qu’on cesse de spolier la moitié de l’humanité et de la flanquer de courtisanes légales.

Ainsi, pour revenir aux militantes pro polygamie – logiquement solidaires des militantes pro inégalité -, il y a lieu de constater combien les femmes peuvent être les ennemies des femmes et à quel point elles empêchent alors l’islam de s’inscrire dans l’universalité.

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