Mode : la déferlante Wakanda Style, la nouvelle tendance inspirée par « Black Panther »

Casting du film Black Panther © Marvel

Grâce aux costumes des personnages de « Black Panther », la mode dite africaine bénéficie d’une exceptionnelle exposition dans le monde entier. Reste à savoir si le phénomène bénéficie aux Africains eux-mêmes.

Plus de 1 000 toilettes imaginées par la costumière africaine-américaine Ruth E. Carter auraient été confectionnées ex nihilo sous l’escorte de designers africains-américains ou issus de la diaspora pour le blockbuster des studios Marvel signé Ryan Coogler. Black Panther, ce n’est pas un défilé, mais une fashion week avec deux saisons d’avance. Une collection Wakanda Style essentiellement pensée à partir d’étoffes et d’ornements traditionnels de plusieurs peuples d’Afrique, auxquels viennent se greffer des technologies et textiles contemporains pour justifier l’estampille afrofuturiste du film.

Côté prêt-à-porter, on retrouve le kenté, tissu du Ghana, des turbans touaregs, des couvertures basothos du royaume du Lesotho, un agbada porté par les Dagombas, principalement établis dans le nord du Ghana, etc. Les accessoires ne sont pas en reste. La coiffe de la reine Ramonda d’inspiration zouloue a été conçue à l’aide d’une imprimante 3D. Quant aux bijoux, on note des colliers empilés de la garde féminine du roi rappelant ceux des femmes ndébélées d’Afrique du Sud, des chevillères et ceintures, qui ne sont autres que l’œuvre de l’artiste joaillière africaine-américaine installée à Los Angeles, Douriean Fletcher. La créatrice bénéficie d’une belle carte de visite et commercialise depuis, sur son site, une collection spéciale Black Panther, dont le fameux collier « griffe ultime » du super-héros.

Le futur de la mode africaine doit « s’occidentaliser » ?

Idem pour le designer d’origine nigériane Walé Oyéjidé, créateur de la marque Ikiré Jones, à l’origine de l’un des costumes du roi T’Challa. Ce dernier porte l’une de ses écharpes, aujourd’hui rebaptisée From Wakanda, with Love. « Marvel a regardé nos collections et a sélectionné ce qui lui plaisait, explique le créateur qui vit aux États-Unis. Black Panther a permis de faire connaître ma marque à de nombreuses personnes. Le film montre qu’on peut trouver l’excellence sur le continent africain et que les descendants d’Afrique peuvent faire de belles choses et les ramener jusqu’à Hollywood », relève celui pour qui la création est une « fusion entre la culture africaine et la culture européenne ». En témoigne son fameux foulard de soie fabriqué… en Italie !

Si beaucoup de jeunes pousses s’attellent à communiquer autour du label made in Africa en privilégiant les matières premières venues d’Afrique pour contribuer à l’économie du secteur local, la génération de designers Black Panther participe à cet essor de la mode inspirée d’Afrique. « Il existe de nombreuses formes de mode africaine, celle faite par des créateurs africains vivant en Afrique ou ailleurs ».

Certains de ces africanismes sont des stéréotypes, des objectivations de l’Afrique », explique Victoria L. Rovine

« Et puis il y a des africanismes – des styles africains qui sont inventés par des designers non africains pour faire référence à l’Afrique. Certains de ces africanismes sont des stéréotypes, des objectivations de l’Afrique. D’autres essaient de s’engager véritablement avec des sources d’inspiration africaines de manière non caricaturée », explique Victoria L. Rovine, professeure spécialiste de la mode africaine à l’université d’histoire de l’art de Caroline du Nord.

D’où les inspirations directement puisées dans les looks des festivaliers d’Afropunk, soit un mélange hasardeux de folklore africain et anglo-saxon. Comme si le futur de la mode africaine devait « s’ancrer dans une occidentalité » – pour reprendre les termes de Pascale Berloquin-Chassany, chercheuse en sociologie, en anthropologie et en histoire du costume – pour exister. Aussi Ruth Carter fait-elle porter des sandales futuristes à T’Challa signées du célèbre couturier britannique Alexander McQueen. La costumière aurait même fait son shopping sur le géant du commerce en ligne américain, eBay, pour dénicher le trench en cuir tissé de la maison anglaise Burberry pour le chef de l’armée de femmes, Okoye.

Tremplin pour les créateurs

Une petite poignée de stylistes de la diaspora a pu jouir d’une exposition mondiale en concevant une collection inspirée de Black Panther lors de la récente Fashion Week de New York. Walé Oyéjidé était l’un d’eux, tout comme la Britanno-Nigériane Tolulope Aremu, laquelle a imaginé une création en ankara, somme toute très éloignée de l’imaginaire de Black Panther, où aucune référence au tissu importé par les Hollandais ne figure – la prospérité du Wakanda tenant en partie à l’absence de passé colonial. Un tremplin pour ces créateurs qui espèrent ainsi accéder aux fashion weeks internationales pour vendre leurs créations au plus grand nombre.

Natasha Simma n’a pas tardé à récupérer la labellisation #WakandaStyle pour valoriser ses créations sur les réseaux sociaux

Pour autant, l’impact de Black Panther se joue aussi sur le continent. La styliste ougandaise Natasha Simma n’a pas tardé à récupérer la labellisation #WakandaStyle pour valoriser ses créations sur les réseaux sociaux. Sa marque a suscité l’intérêt auprès de la population locale. « Simma Africa est devenue plus populaire depuis le film. Des gens ont fait appel à mes créations pour les premières du film à Kampala, c’est comme ça que l’industrie de la mode fonctionne », révèle la styliste.

Nombre de designers rêvent de percer en Afrique du Sud et au Nigeria », conclut Victoria L. Rovine

Il serait exagéré de prétendre que Black Panther a eu un impact direct sur l’économie africaine de la mode. En revanche, il a mis en valeur une certaine excellence noire et permis à de nouveaux créateurs africains de surfer sur le battage médiatique pour faire connaître leurs marques. Comme quoi, l’Occident ne dispose d’aucun monopole en ce domaine. « Il existe un marché international à l’intérieur même de l’Afrique, et nombre de designers rêvent de percer en Afrique du Sud et au Nigeria », conclut Victoria L. Rovine.

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