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Politique

Gabon : « Il faudrait tirer les leçons des précédents boycotts »

Jean-Christophe Owono Nguema (opposition gabonaise), vice-président du Sénat et membre de l’Union Nationale (UN) à Paris, le 14 mars 2018 © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Jean-Christophe Owono Nguema entend incarner la nouvelle opposition face à Ali Bongo Ondimba. Il revient pour Jeune Afrique sur le climat politique dans le pays et les élections à venir, auxquelles il entend participer.

Inspecteur des postes, ancien député du PDG passé à l’opposition et élu sénateur d’Oyem, sa ville natale, en 2014, sous la bannière de l’Union nationale, Jean-Christophe Owono Nguema n’a pas la langue dans sa poche. Il veut incarner la nouvelle opposition face à Ali Bongo Ondimba, avec lequel, précise-t-il, il n’a « aucun problème personnel ».

Jeune Afrique : Après la contestation des résultats de la présidentielle de 2016, le pays est-il enfin apaisé ?

Jean-Christophe Owono Nguema : La formulation de votre question suppose que la contestation de ces résultats est terminée. Ce qui n’est pas vrai. La Coalition pour la nouvelle République continue de les contester, car ils ne sont rien d’autre qu’un coup d’État militaro-électoral du pouvoir en place pour violer la souveraineté du peuple gabonais, qui, le 27 août 2016, a sans ambiguïté aucune porté son choix sur le président Jean Ping, candidat unique de la Coalition, à plus de 60 % des suffrages exprimés.

La contestation n’est pas terminée. Le pays n’est pas apaisé

La contestation n’est donc pas terminée. Le pays n’est donc pas apaisé. Et je ne pense pas qu’il le sera tant que la lumière ne sera pas faite sur ces résultats, ainsi que sur les crimes et exactions commis par le pouvoir pour étouffer la contestation du peuple, qui l’a clairement rejeté par son vote. Le climat social actuel le démontre et il porte un sérieux coup au vivre-ensemble, ainsi qu’à l’économie de notre pays.

L’Union nationale n’a pas pris part au dialogue engagé par le PDG et le gouvernement. Que préconisez-vous pour réconcilier les Gabonais ?

La paix n’est pas synonyme d’absence de guerre. Avez-vous l’impression, dix mois après ces assises, que leur objectif de paix et de cohésion nationale a été atteint, lorsque des membres de l’opposition continuent d’être enlevés et séquestrés arbitrairement à la prison centrale de Libreville et que d’autres sont portés disparus ?

Ali Bongo Ondimba et son clan ont donné une fin de non-recevoir aux appels de conférence nationale souveraine

André Mba Obame avait appelé à une conférence nationale souveraine [en 2012, alors qu’il continuait de revendiquer la victoire de la présidentielle de 2009] afin de permettre aux Gabonais de redessiner les contours de leur vivre-ensemble. En 2015 et en 2016, le Front de l’opposition pour l’alternance et d’autres partis de l’opposition avaient renouvelé cet appel, pour éviter à notre pays de revivre des lendemains électoraux tumultueux. Ali Bongo Ondimba et son clan ont donné une fin de non-recevoir à ces appels.

L’opposition doit-elle participer aux législatives ou les boycotter ?

On ne crée pas un parti pour ensuite se placer en marge de la vie politique du pays. Les Gabonais devraient tirer des leçons du boycott des législatives de 1990, de 2011 et des locales de 2013. Que la coalition que conduit Jean Ping boycotte des élections n’empêchera pas les partis de l’opposition ayant participé au dialogue d’Angondjé d’y prendre part.

Il faut s’organiser pour affronter cette échéance unis et solidaires et la gagner

Dans ces conditions, quel sens donnerions-nous à ce boycott ? À mon humble avis, il faut s’organiser pour affronter cette échéance unis et solidaires et la gagner, afin de confirmer le rejet du système et démontrer au monde que Jean Ping avait gagné le 27 août 2016.

Pourquoi dire que la séparation des pouvoirs n’est plus effective ?

Elle ne l’est pas quand Ali Bongo Ondimba convoque les parlementaires de son parti au Palais pour les sermonner. Ni lorsqu’un membre du gouvernement se permet de s’ingérer dans l’instruction d’une affaire pendante au cabinet d’un magistrat du siège sans être repris par le chef de l’État.

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