Gabon : le remboursement de la dette intérieure, bouffée d’oxygène pour le secteur privé

Le nouveau port d’Owendo, inauguré le 14 octobre 2017, a été construit par la filiale gabonaise du groupe singapourien Olam, pour un investissement de 276 millions d’euros. © STEVE JORDAN/AFP

L’État a décidé de régler sa dette aux entreprises privées. De quoi regagner leur confiance et, surtout, leur donner les moyens de relancer la croissance et de créer des emplois.

Les entreprises gabonaises s’apprêtent à encaisser de l’argent frais. Pour relancer l’économie du pays, minée depuis deux ans par la chute des cours du brut, l’État expérimente les vertus du paiement de la dette intérieure afin de restaurer la confiance et de stimuler l’investissement, en espérant que les patrons respecteront leur engagement à réinvestir dans l’économie et à créer des emplois.

Le 9 février, la présidence a en effet annoncé que l’État décidait de régler 77 % de la dette publique intérieure, soit 310 milliards de F CFA (472,6 millions d’euros). « C’est un signal fort envoyé au secteur privé, qui retrouve ainsi de la marge pour investir et reprend confiance dans la parole de l’État, qu’il peut considérer comme un partenaire économique fiable », a souligné le directeur de cabinet de la présidence, Brice Laccruche Alihanga. Mais le chemin a été long pour arriver à cet apurement des trois quarts de la dette intérieure – qui s’élève au total à plus de 405 milliards de F CFA, la dette extérieure étant d’un montant similaire.


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Il a d’abord fallu recenser l’ensemble des créances et vérifier que les prestations, chantiers et services étaient bien réels. « Nous avons procédé à cet audit au sein d’un comité ad hoc, explique Fabrice Andjoua Bongo Ondimba, nommé à la tête de la direction générale du Budget et des Finances publiques (DGBFIP) fin septembre 2017. Pendant près de sept mois, nous sommes allés sur le terrain pour nous assurer que les marchés avaient bel et bien été réalisés, ce qui nous a permis d’expurger du dossier toute la mauvaise dette. Ensuite, d’un commun accord, nous avons arrêté une enveloppe globale. » Laquelle sera donc versée en deux tranches aux 177 entreprises réunies au sein du Club de Libreville, le groupement d’intérêt économique constitué par les créanciers de l’État et présidé par Henri-Claude Oyima, le PDG de BGFI, l’établissement bancaire partenaire de l’opération.

 Le retour de la confiance entre l’entreprise, l’État et la banque va stimuler les rouages de l’économie

« Normalement, lorsque le Budget ordonnançait une dépense, l’entreprise avait la capacité, grâce à son avance de paiement, d’aller se refinancer auprès des banques, rappelle Jean-Fidèle Otandault, le ministre d’État chargé du Budget et des Comptes publics. La banque finançait alors le projet, l’État payait l’avance-démarrage, l’entreprise livrait le projet et l’État soldait la créance. Tout le monde était gagnant. Mais il y a eu une rupture de confiance entre ces trois parties : l’entreprise n’avait plus confiance en la signature de l’État, et la banque n’avait plus confiance dans celle de l’entreprise. » Le retour de cette confiance va « stimuler les rouages de l’économie », selon Jean-Fidèle Otandault.

Après avoir traqué les failles du système financier gabonais à la tête de la direction générale du contrôle des ressources, puis de la DGBFIP, c’est lui qui, depuis août 2017, rationalise les dépenses.

Miser sur l’agriculture

L’une des priorités du plan de relance économique est d’accélérer la diversification

Cet effort participe au Plan de relance économique (PRE) 2017-2019, dont l’une des priorités est d’accélérer la diversification. Le gouvernement entend faire progresser la part des recettes budgétaires non pétrolières à 16,3 % en 2019, contre 12,5 % en 2017. Il mise surtout sur l’agriculture, dont la contribution au PIB est désormais d’environ 5 %, grâce notamment aux investissements du singapourien Olam dans l’hévéa et le palmier à huile, et au développement du programme Graine (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés), lancé fin 2014.

Le PRE s’inscrit aussi dans la ligne des recommandations émises à l’issue du sommet de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cemac) du 23 décembre 2016. Parmi les objectifs des pays membres, tous dans la tourmente financière liée à la chute des cours du baril : ramener leur dette publique au-dessous de la barre des 40 % du PIB d’ici à 2019. Un objectif que le Gabon n’atteindra pas dans les temps. Car les indicateurs macroéconomiques s’améliorent, mais encore très timidement.

Une loi de finances rectificative devrait être examinée en avril

Le taux de croissance devrait remonter à 2,7 % cette année, mais est descendu au-dessous de 1 % en 2017 ; la dette publique totale du pays a été réduite à 59 % du PIB, contre 64,2 % en 2016, mais reste encore loin des 40 % préconisés par la Cemac.

Une loi de finances rectificative devrait être examinée en avril pour tenir compte de la conjoncture. Dans ces impératifs de recadrage, l’exécutif a cependant veillé à préserver les dispositifs en faveur des « Gabonais vulnérables » et les emplois aidés pour les jeunes. « Ces mesures seront financées, elles sont prises en compte dans le budget, rassure Fabrice Andjoua Bongo Ondimba. Les lampadaires solaires et les ambulances sont en cours de livraison, nous avons signé les conventions. Et l’État a lancé des appels d’offres pour engager les chantiers de construction d’un millier d’écoles. » Qui permettront aussi aux PME gabonaises de travailler.

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