Gabon : l’opposition sera-t-elle au rendez-vous des législatives ?

Jean Ping, Casimir Oyé Mba (à sa gauche) et Zacharie Myboto (en gris), le 24 septembre 2016. © SAMIR TOUNSI/AFP

Dans l’opposition, certains sont décidés à se présenter aux législatives, d’autres à les boycotter. Entre les deux, ceux qui espèrent encore faire front commun attendent un signe de Ping.

Formée autour de Jean Ping pour éviter l’éparpillement des voix lors de la présidentielle d’août 2016, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) ne tient plus qu’en apparence. Et pour cause, ses membres ne parviennent pas à se mettre d’accord sur sa participation, ou non, aux législatives.

Certains, pragmatiques, n’ont pas attendu la bénédiction du chef de file pour préparer les investitures de leurs candidats, élaborer des budgets de campagne et discuter de pactes de non-agression. Ainsi, depuis plusieurs mois, l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba-Ndama, ne cache plus qu’il compte aligner des candidats aux couleurs de son parti, Les Démocrates, avec ou sans l’accord de la CNR. « Faire partie d’une coalition, indique-t-il, ne veut pas dire abdiquer sa liberté. »

Le 7 mars – pour la première fois depuis la présidentielle de 2016 –, avec Zacharie Myboto, le président de l’Union nationale (UN), et Michel Menga, le secrétaire général du Rassemblement Héritage et Modernité (RHM), il s’est entretenu avec le ministre de l’Intérieur, Lambert-Noël Matha, lors d’une réunion visant à préparer les législatives et, notamment, la composition et l’installation du bureau du Centre gabonais des élections (CGE). En février déjà, le très madré Zacharie Myboto, sans dire ni oui ni non à la participation de l’opposition au scrutin, avait laissé filtrer sa volonté d’y prendre part dans un long discours prononcé à l’occasion du 8e anniversaire de l’UN, en présence de Jean Ping.


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Ce dernier a bien entendu saisi le message subliminal que lui adressait le « doyen » des leaders de la coalition. Et sa réaction n’a pas tardé : le 15 février, à sa demande, ceux de la CNR qui prônent le boycott sont montés au créneau pour faire barrage au projet qui risquait de l’isoler, et l’Alliance démocratique et républicaine de Didjob Divungi Di Ndinge, soutenue par de petits partis de la CNR, a rendu publique une déclaration plaidant pour le boycott.

Avaler la pilule

Les fidèles de Jean Ping, arrivé en deuxième position à la présidentielle, poursuivent leur combat pour l’alternance. Celui qui se fait appeler « président élu » a déposé une requête, le 13 février, devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Il y demande l’ouverture d’une période d’intérim – qui serait assurée par la présidente du Sénat, Lucie Milebou-Aubusson – et un nouveau scrutin dans la province du Haut-Ogooué. En attendant la décision de la CADHP, le contentieux postélectoral s’éternise.

La stratégie de l’opposition devrait être la même qu’en 2016

En 2011, les opposants avaient boycotté en bloc les législatives, arguant d’un « déficit de transparence électorale ». Aujourd’hui, dans leur conquête du pouvoir à marche forcée, certains sont déterminés à y prendre part pour obtenir un maximum de sièges et, pourquoi pas, la majorité parlementaire. Leur stratégie devrait être la même qu’en 2016 : se coaliser contre le PDG, miser sur la fraîcheur des candidats, faire campagne sur le thème du changement. Il leur reste un mois pour faire avaler la pilule à Jean Ping et le convaincre d’y participer.


Le Centre gabonais des élections (CGE)

Créé en 2017 lors du dialogue politique d’Angondjé entre la majorité et une partie de l’opposition, le CGE est chargé d’établir le calendrier des scrutins. C’est lui qui annoncera la date des législatives et leur éventuel report s’il estime que les délais sont trop courts d’ici au 28 avril. Étant donné qu’à la mi-mars le CGE n’est pas encore opérationnel, il est plus que probable qu’elles soient reportées, pour la troisième fois.

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