Maroc : Miriem Bensalah Chaqroun, la femme qui a marqué le patronat marocain

Miriem Bensalah Chaqroun lors de la COP22 à Marrakech, en novembre 2016 © Romuald Meigneux/SIPA

Le 12 mai, celle qui a été la première femme présidente des chefs d’entreprise marocains quittera un poste qu’elle a profondément marqué de son empreinte.

Ses collaborateurs la qualifient de « travailleuse acharnée ». Ses proches lui trouvent une « douceur touchante ». Ses interlocuteurs retiennent sa « fermeté dans les négociations »… Miriem Bensalah – épouse Chaqroun – ne laisse personne indifférent.

Être la première femme à présider le patronat marocain me donne forcément une visibilité et une responsabilité toutes particulières

Et, ces dernières années, elle a été à plein temps sous les feux des projecteurs. « Être la première femme à présider le patronat marocain me donne forcément une visibilité et une responsabilité toutes particulières », s’est-elle plu à répéter pendant six ans.


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Ses deux mandats passés à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) arrivant à leur terme, la femme d’affaires devra passer le témoin le 12 mai.

Miriem Bensalah a mis la barre très haut, cela ne sera pas facile de lui succéder

Sa succession est officiellement ouverte, et les premiers prétendants ne sauraient tarder à se manifester. « Elle a mis la barre très haut, affirme un membre de la CGEM. Cela ne sera pas facile de lui succéder. »

Pied de nez

En mai 2012, la PDG des Eaux minérales d’Oulmès, fleuron du groupe familial Holmarcom, présidé par son frère (700 millions de chiffre d’affaires, 5 000 salariés), avait été adoubée par ses pairs. À l’époque, cette élection, à laquelle elle était la seule candidate, avait été perçue comme un pied de nez du secteur privé au nouveau gouvernement.

Cinq mois plus tôt, en effet, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) étaient arrivés aux affaires, et le cabinet d’Abdelilah Benkirane ne comptait qu’une seule femme ministre.

Mais Miriem Bensalah n’a cure de cette discrimination positive. Au fil du temps, cette titulaire d’un brevet de pilote d’avion a largement démontré son aptitude à diriger le syndicat patronal et à négocier en zone de turbulences, comme en 2013, avec le gouvernement islamiste.


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Ce dernier est alors désireux de donner un coup de pouce à Amal Entreprises, un petit groupement qui lui est proche et qui organise, en juin de cette année-là, un forum d’affaires turco-marocain en marge d’une visite dans le royaume de Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre. L’événement tourne au fiasco : il est boycotté par la CGEM, qui a vu, de loin, la manœuvre des amis de Benkirane.

« L’enjeu résidait dans les huit sièges réservés aux représentants des employeurs au sein de la Chambre des conseillers, alors en pleine reconfiguration, explique notre source. Le PJD voulait barrer la route à la CGEM, qui se positionne comme l’unique représentant légitime du patronat. »

Un vrai feuilleton !

Mais Bensalah ne tient pas seulement tête au PJD. En 2014, cette femme de caractère engage un bras de fer avec Moulay Hafid Elalamy, le nouveau ministre de l’Industrie. Aussitôt, la presse s’emballe.

Et pour cause : à la veille de la présentation, devant le roi, du Plan d’accélération industrielle conçu par le ministre, la CGEM publie une étude sur la compétitivité qui a toutes les apparences d’un plan alternatif.


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« C’était un quiproquo qui a été vite oublié, répète-t-on en chœur dans l’entourage des deux intéressés. Il ne leur a pas fallu longtemps pour régler leur différend en bonne intelligence et se remettre à travailler ensemble. »

Cette inimitié n’a pourtant pas cessé de ressurgir. On a souvent prêté à Miriem Bensalah l’ambition de prendre le fauteuil d’Elalamy. Au lendemain des législatives de 2016, par exemple, son nom revient avec insistance lors des négociations portant sur la formation d’un nouveau gouvernement. Un vrai feuilleton !

En six ans, elle s’est rendu dans quarante-quatre pays d’Afrique

Et, en 2017, quand le roi annonce la création d’un ministère des Affaires africaines, ces spéculations reprennent de plus belle. Celle qui a été de toutes les tournées de Mohammed VI sur le continent présentait le profil idéal : durant ses six années de mandat, elle s’est rendue dans 44 pays d’Afrique et a noué d’étroites relations avec les organisations patronales africaines. Finalement, c’est l’un de ses proches, Mohcine Jazouli, qui a été nommé à la tête de ce ministère, en janvier dernier.


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Le rayonnement de la CGEM en matière de diplomatie économique n’est pas l’unique réalisation de Miriem Bensalah. La loi sur les délais de paiement ou celle sur le remboursement, par l’État, de ses arriérés de TVA sont également à mettre à l’actif de celle qui n’a jamais omis de mettre en avant « le travail d’équipe du bureau de la CGEM ».

Mission accomplie pour Bensalah qui confie à ses proches vouloir désormais prendre du temps pour elle

Une équipe à qui il ne reste plus que quelques semaines avant de passer le relais, lors de la prochaine assemblée élective. Mission accomplie pour Bensalah, qui confie à ses proches vouloir désormais prendre du temps pour elle. Peut-être cette mère de trois enfants enfourchera-t-elle sa Harley-Davidson pour un road-trip à travers le royaume, l’une de ses passions…

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