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Elections

Municipales en Tunisie : les électeurs attendent une révolution locale

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Frida Dahmani est correspondante en Tunisie de Jeune Afrique.

Un électeur tunisien dans un bureau de vote, lors du scrutin présidentiel en 2014. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Le scrutin du 6 mai est crucial pour la Tunisie. Il marquera un cycle électoral ouvert en 2014. Mais les futurs élus municipaux auront fort à faire pour répondre aux attentes de leurs électeurs.

Édito. Le 6 mai, les Tunisiens sont appelés à désigner leurs élus municipaux. Un événement majeur – après l’adoption de la Constitution – qui boucle le cycle électoral lancé par les législatives et la présidentielle de 2014. Et une étape de plus dans la mise en place des nouvelles institutions et des orientations inscrites dans la loi fondamentale, dont, désormais, la décentralisation et la démocratie participative.

Quelle participation ?

L’enjeu de ces municipales n’est pas la victoire d’un parti ou d’un autre. Il se trouve, en premier lieu, dans l’engagement des Tunisiens à prendre part à ce scrutin et, par la suite, dans la manière dont seront gérées les communes : comment les municipalités élues s’affirmeront et s’organiseront pour assurer leurs compétences, comment elles seront écoutées, accompagnées, mais aussi contrôlées, dans les prérogatives qu’elles devront partager avec l’État et ses services déconcentrés ou qui lui seront déléguées par ces derniers.

Tout un programme. Et un beau programme sur le papier. Basé sur une gouvernance ouverte, il implique une plus large participation des citoyens et, surtout, consacre l’autonomie des collectivités territoriales, lesquelles sont appelées à jouer un rôle clé dans le développement social et économique du pays. Cette étape cruciale du transfert de compétences et de moyens de l’État aux conseils municipaux sera régie par le code des collectivités locales. Le projet, en cours d’examen au Parlement, devrait être adopté d’ici à la fin du mois de mars. Il met fin à la gestion provisoire des territoires et esquisse même les prémices de passerelles entre régions.


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Cependant, les nouvelles municipalités élues vont être confrontées, dès leur installation, en dehors de tout éventuel désaccord entre élus ou partis, à des situations d’urgence. Elles vont devoir cibler les priorités et engager dare-dare leur responsabilité pour répondre rapidement aux attentes légitimes de leurs administrés. Une mission impossible sans moyens, disent déjà certains, qui déplorent que pour le moment la question soit occultée alors qu’elle est au cœur de la décentralisation – et donc de la relance de la Tunisie.

Décidés, constructifs, créatifs

Comment feront les élus pour se doter des moyens financiers et humains nécessaires à leur action et à leur fonctionnement, sachant qu’ils ne pourront pas compter, tout au moins dans un premier temps, sur les subsides d’un État dont les caisses sont vides ?

La conjoncture risque malheureusement de créer un malentendu, les cassandres suspectant les autorités centrales de ne pas vouloir se dessaisir d’une part de leurs pouvoirs au risque de compromettre le développement régional et de nier la démocratie locale. Or l’État ne peut inventer des moyens qu’il n’a pas.

Dans l’immédiat, les Tunisiens attendent de leurs conseillers municipaux qu’ils soient volontaires, constructifs, créatifs ; qu’ils s’attellent, certes, à faire un sérieux point sur les fonds disponibles et les ressources qu’ils vont pouvoir mobiliser, mais surtout qu’ils trouvent des solutions pour mettre en œuvre la collecte les ordures, faire cesser les constructions anarchiques et la corruption ; qu’ils suivent les dossiers qu’ils sont censés traiter conjointement avec les ministères et leurs administrations sur les projets d’aménagement, d’équipements, de services.

Les électeurs attendent une révolution locale où l’argent ne fera pas tout. Et c’est cette mission que les candidats aux municipales doivent accepter.

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