Mohamed Abbou (Attayer) : « Ce qui nous manque : le sens de la gouvernance et la prise de décision »

Tunisia, Tunis : Mohamed Abbou The election of the interim president at the constituant assembly in Tunis, Monday, Dec. 12, 2012. Tunisia’s new assembly has chosen Marzouki as the country’s first democratically elected president with 153 out of 217 votes in the assembly. Marzouki is expected to appoint a prime minister from the moderate islamist Ennahda party, which dominated October elections and leads the ruling coalition. © Ons Abid © Ons Abid pour JA

Le Fondateur du Courant Démocrate (Attayar), ancien bras droit de Moncef Marzouki pendant la transition, Mohamed Abbou revient pour Jeune Afrique sur le combat qu'il mène contre la corruption.

Élu à la Constituante en octobre 2011, Mohamed Abbou, 51 ans, a été l’un des bras droits du président de la transition, Moncef Marzouki, et ministre chargé de la Réforme administrative dans le gouvernement Jebali (2011-2013). Il en démissionne mi-2012, estimant ne pas disposer des prérogatives nécessaires pour combattre la corruption, et, un an plus tard, fonde le Courant démocrate (Attayar). Depuis, l’avocat tunisois poursuit son combat pour l’amélioration de la gouvernance, toujours sans concession sur les questions de corruption.

Jeune Afrique : Comment évaluez-vous l’action du gouvernement d’union nationale ?

Mohamed Abbou : Les résultats ne sont pas bons, mais nous en sommes à un tel point que le pays ne peut que se redresser. Il faut agir, dénoncer les abus et appliquer les lois. Or l’exécutif et, plus largement, la majorité sont issus d’une conjoncture politique telle que nous ne devons rien en attendre et patienter jusqu’aux législatives en sauvegardant le pays.

Que reprochez-vous à l’actuelle majorité ?

Nous n’avons cessé de l’alerter sur la corruption, la lourdeur administrative, le sentiment d’insécurité et le manque de confiance dans l’État, qui sont autant de freins pour les investisseurs tunisiens et étrangers. Nous n’avons pas été entendus.

La meilleure chose que nous aurions pu exporter après la révolution est la bonne gouvernance

Et si, aujourd’hui, tous les Prix Nobel réunis proposaient des solutions pour la Tunisie, aucune ne fonctionnerait dans le contexte actuel ! Il nous manque un sens de la gouvernance et de la transparence. En l’occurrence, ce n’est pas uniquement une question de laxisme ou d’incompétence, mais de priorités données à des intérêts personnels plutôt qu’à l’intérêt général.


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La meilleure chose que nous aurions pu exporter après la révolution est la bonne gouvernance. Nous avons les compétences pour la mettre en pratique ; ce qui nous manque, c’est la prise de décision. En montrant aux instances internationales, sans qu’elles aient à nous le demander, une réelle volonté de lutter contre la corruption et d’appliquer la loi, nous n’aurions pas été classés sur des listes noires. Le gouvernement fait honte aux Tunisiens en ne reconnaissant pas ses responsabilités.

Qu’attendez-vous des municipales du 6 mai ?

Nous pouvons être fiers de tenir ces élections et d’instaurer une démocratie au niveau local. Cela dit, la décentralisation n’implique pas une gestion locale qui ne rend pas de comptes. Le problème est que nous n’avons pas d’organes de contrôle au niveau régional.

Comme si, pour se maintenir au pouvoir, il fallait composer avec les corrompus

Alors comment évaluer la gestion des communes et éviter les abus ? On a vu certains partis recruter des candidats sur les réseaux sociaux sans vérifier leurs antécédents, juste pour compléter leurs listes et s’assurer une présence sur tout le territoire.

Comment pourront-ils alors garantir la probité de conseillers municipaux, qui auront un certain pouvoir et auxquels on demandera de se dévouer à leur mission à titre bénévole – pour la plupart – quelles que soient leurs conditions personnelles ?

Votre action d’ici aux législatives de 2019 ?

Être source de propositions et mettre la pression pour obtenir plus de transparence et de bonne gouvernance. Nous avons déposé une proposition de loi contre l’enrichissement illicite des politiques, des fonctionnaires et des responsables de médias, mais elle n’a pas été examinée car le gouvernement, Nidaa Tounes et Ennahdha y étaient opposés. Comme si, pour se maintenir au pouvoir, il fallait composer avec les corrompus.

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