Mohamed Ennaceur : « Un nouveau contrat social doit être discuté »

Mohamed Ennaceur © Nicolas Fauqué/www.imagesdetunisie.com

Il a été ministre des Affaires étrangères sous Habib Bourguiba, Mohammed Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi. Désormais membre de Nidaa Tounès, il préside désormais l'Assemblée des représentants du peuple (ARP). Entretien.

Mohamed Ennaceur a été ministre des Affaires sociales à deux reprises sous Bourguiba, et à deux reprises au lendemain de la révolution, en 2011, au sein du gouvernement de Mohamed Ghannouchi, puis dans celui de Béji Caïd Essebsi, dont il a rejoint le parti, Nidaa Tounes, début 2014. Il considère que le Parlement a un rôle essentiel et une lourde responsabilité à assumer dans les réformes sociales et économiques, l’insertion des jeunes et l’amélioration des équilibres entre citoyens et entre régions.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui caractérise votre législature ?

Mohamed Ennaceur : Premier Parlement de la IIe République, représentative de tous les Tunisiens (y compris ceux à l’étranger), l’ARP a un rôle et une responsabilité historiques à assurer dans la mise en œuvre de la Constitution et des instances constitutionnelles. Après la création du Conseil supérieur de la magistrature, de l’Instance nationale de lutte contre la corruption et des autorités indépendantes chargées de l’audiovisuel et des élections, nous préparons celles de la Cour constitutionnelle et de la Commission des droits de l’homme. Outre ses pouvoirs législatifs et de contrôle de l’action du gouvernement, l’ARP s’ouvre aussi sur les territoires, avec la commission de développement régional, qui effectue un travail de diagnostic.


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Quelles sont les priorités ?

La première est l’emploi des jeunes. Quels que soient le gouvernement ou les dirigeants, il faut entretenir l’espoir d’un avenir meilleur. Or les 250 000 jeunes chômeurs se sentent exclus et ont perdu espoir. La Tunisie moderne a misé sur la généralisation de l’enseignement comme expression d’un ascenseur social et d’une justice sociale. Cela a engendré la société d’aujourd’hui, mais aussi cette masse de chômeurs, conséquence de la politique d’un État qui n’a pas eu les moyens d’aller au bout de ses ambitions faute d’investissements et d’adaptation du système éducatif.

La révolution a exprimé une déficience quant à la répartition équitable de la croissance.

La solution est d’ajuster les études aux besoins du marché de l’emploi, de dispenser des formations de mise à niveau et d’ouvrir les entreprises aux marchés extérieurs. Notre avenir est dans l’exportation. Avec un Maghreb arabe, nous aurions pu faire davantage et aurions été un partenaire de poids vis‑à-vis de l’Europe.

Et en matière d’équité et d’équilibre ?

À l’indépendance, l’État prenait en charge les besoins de la population. Après l’échec du collectivisme, l’État planificateur a mis en place, avec les partenaires sociaux, un contrat social fondé sur des objectifs et une répartition des résultats. Et la révolution a exprimé une déficience quant à la répartition équitable de la croissance.

Un nouveau contrat social doit donc être discuté entre tous les partenaires, pour qu’ils s’accordent sur des choix fondamentaux tels que la fiscalité, l’emploi, la sécurité, la sécurité sociale, etc. Ce socle permettrait de travailler sur le long terme quelle que soit l’orientation politique et de projeter le pays à l’horizon 2050 sans être influencé par l’actualité.

Le consensus prévaut-il toujours à l’ARP ?

Le consensus est nécessaire pour avancer. Il l’a été dans ce que nous avons pu réaliser, comme la révision de la loi de finances 2018. Quant aux 194 lois qui ont été promulguées depuis le début de la législature – dont celles sur le partenariat public-privé, sur l’incitation aux investissements ou encore contre la violence faite aux femmes –, elles reflètent les nouvelles orientations de la Tunisie.

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