Cinéma

Cinéma : « Mektoub, my love », une ode au désir signée Abdellatif Kechiche

« Mektoub, my love : canto uno », le sixième film d'Abdellatif Kechiche sort ce mercredi 21 mars. © Pathé Distribution

Avec « Mektoub, my love : canto uno », son sixième film sorti ce mercredi, le cinéaste Abdellatif Kechiche brosse un hymne à la vie et au désir… surtout masculin.

Pas de dossier de presse, un réalisateur qui refuse les interviews, une bande-son qui n’apparaît pas au générique car toujours en négociation de droits, une date de diffusion en salle longtemps restée confuse… C’est peu de dire que le nouveau Kechiche intriguait. Dès les premières minutes du long-métrage, première partie d’un diptyque annoncé, on est fixé. On suit Amin (Shaïn Boumedine), de retour à Sète, dans le midi de la France, et qui, arrivé devant la maison de son amie d’enfance, Ophélie (Ophélie Bau), entend des halètements. Il glisse un œil inquisiteur par la fenêtre et l’aperçoit avec son cousin Tony (Salim Kechiouche), elle à quatre pattes, lui derrière elle, s’agrippant à ses hanches.

N’importe quelle autre production du moment s’arrêterait là. Mais Abdellatif Kechiche reste de longues minutes dans la chambre avec ce couple jeune, beau, nu, tremblant de plaisir. Caméra à l’épaule, cadre vacillant comme ces amoureux clandestins, il filme en gros plan son torse musclé à lui, ses fesses et seins généreux à elle, leurs lèvres qui se cherchent, leurs corps mêlés. Il prend le temps de fixer le désir physique, dans une des scènes charnelles les plus crédibles qu’il nous ait été donné de voir au cinéma. La suite, sur plus de deux heures, n’est qu’une variation (géniale) autour de ces quelques minutes.

Enfer sensuel

Mektoub, my love, adaptation très libre du roman du Français François Bégaudeau, La Blessure, la vraie (éd. Verticales), se situe donc sur la côte méditerranéenne en 1994. Mais le film ne s’appuie ni sur une retranscription appuyée de la période ni sur la description de la petite communauté tunisienne de Sète.

Amin, cherchant vainement à conquérir Ophélie, se condamne à rester voyeur dans les bars, en boîte, sur la plage

Le retour d’Amin, réalisateur en devenir (tiens, tiens), est un prétexte pour peindre les émois amoureux au sein d’une bande de copains, les jalousies, les commérages, et surtout livrer une ode au désir assouvi… ou inassouvi, car Amin, cherchant vainement à conquérir Ophélie, se condamne à rester voyeur dans les bars, en boîte, sur la plage.

 

Le tout dans cet enfer sensuel, voire sensoriel, du Midi, où le soleil, l’eau, le vent caressent les corps, collent les tissus à la peau, exaltent la douceur des courbes. Des courbes, précisons-le, essentiellement féminines. Le réalisateur, visiblement dans sa période Renoir (grand amateur de beautés callipyges), zoome surtout sur les jeunes filles, multipliant les plans sur les postérieurs avec une complaisance parfois gênante.

Passions juvéniles

Pourtant l’ensemble reste jubilatoire, voire orgasmique, car le cinéaste réussit à nous faire (re)vivre l’insouciance et les passions juvéniles. Son film ne se regarde pas, il se traverse. Nous sommes éclaboussés quand les jeunes se bagarrent dans la mer, accrochés à la minijupe de Hafsia Herzi se déhanchant sur une barre de pole dance…

Et derrière la légèreté apparente du propos percent une gravité, un mystère au sens religieux du terme, avec des scènes surprenantes, comme la naissance d’agneaux filmée au soleil couchant avec une grâce mystique et poignante.

 

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