Internet : le coût des infrastructures reste trop lourd pour les opérateurs

Un homme surfe sur Internet dans un cyber-café de Cotonou, au Bénin, le 24 février 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Alors que moins de 25 % de la population africaine est connectée au réseau, des alternatives à la fibre sont sur le point d’émerger.

Dix-huit mois. C’est le délai que se donne MainOne pour raccorder la Côte d’Ivoire. L’opérateur nigérian de câbles numériques sous-marins a adressé en 2017 une demande de licence aux autorités de régulation ivoiriennes et espère obtenir son sésame sous peu. La liaison avec Abidjan s’ajouterait aux 7 000 km de câbles déjà déployés par le groupe privé entre le Portugal, le Ghana et le Nigeria depuis sa création en 2008. Et MainOne est loin d’être le seul opérateur sur ce créneau. Au total, une ­vingtaine de câbles similaires ceinturent les côtes africaines à l’ouest et à l’est, ouvrant vers l’Europe, l’Amérique et l’Asie, alors que le premier-né de ces câbles, SAT-3, date de 2001.

Quel bond en moins de vingt ans ! Alors pourquoi les 281 millions d’internautes (taux moyen de couverture de 23 %) recensés en Afrique en 2016, dans leur immense majorité sur mobile, restent-ils concentrés dans une dizaine de pays, le plus souvent côtiers ? Principalement parce que, sur la terre ferme, les dizaines de milliers de kilomètres de câbles enterrés ces dernières années pour construire les réseaux de fibre optique sont loin de suffire.

« Plus d’infrastructures partagées : voilà ce dont nous avons besoin », estime Funke Opeke, CEO du groupe nigérian MainOne.

La fibre revient entre 30 000 et 60 000 dollars du kilomètre. Les opérateurs ne peuvent pas assumer seuls de tels investissements

La Société financière internationale (IFC) travaille par exemple avec les gouvernements pour que les réseaux de fibre que les États se font construire – comme celui inauguré en 2017 par le Togo sur 250 km entre 560 bâtiments publics de Lomé et de Kara (au nord) – puissent être ouverts au secteur privé et à la société civile. Dans le cas contraire, le risque est grand que ces infrastructures soient très largement sous-utilisées. « Il faut imaginer des projets aux technologies et aux financements hybrides, tout particulièrement dans les zones rurales », souligne Aniko Szigetvari, qui dirige les investissements de l’IFC dans les secteurs des télécommunications, des médias et des technologies.

L’institution internationale participe à CSquared, le projet de Google dans le développement de réseaux métropolitains de fibre. Amorcé à Kampala (Ouganda) en 2013, celui-ci a depuis essaimé au Ghana, au Liberia et, plus récemment, au Kenya. Toutefois, la fibre ne peut pas être l’alpha et l’oméga des infrastructures en raison de son coût élevé. « Elle revient entre 30 000 et 60 000 dollars du kilomètre. Les opérateurs ne peuvent pas assumer seuls de tels investissements », prévient Aniko Szigetvari. D’où le choix de l’IFC de participer à des projets aussi divers qu’EASSy, le câble numérique reliant l’Afrique du Sud au Soudan, ou O3b Networks, une société luxembourgeoise d’exploitation de satellites.

Le satellite, solution ultime

La voie des airs est particulièrement prometteuse pour surmonter le coût de construction des 1 000 derniers kilomètres. Eutelsat, l’opérateur européen de satellites, a lancé mi-2017 des services d’internet haut débit par satellite avec l’ambition d’atteindre les déserts numériques africains. Et dès l’année prochaine, le groupe prévoit de mettre en orbite un satellite de nouvelle génération pour, à terme, connecter un très grand nombre foyers privés d’accès Internet en Afrique.

À condition bien sûr de remporter le défi de l’usage : celui d’ordinateurs, de téléphones ou de tablettes à des prix accessibles, dont la pratique se révèle utile et qui sont dotés de contenus en langues locales ouverts à tous – à commencer par les personnes illettrées.

Dans la santé, l’éducation ou encore l’emploi, les promesses d’un web africain fluide et puissant sont enthousiasmantes… Reste à les tenir.

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