Tunisie : le parcours éclectique de Abdelkoddous Saadaoui, secrétaire d’État chargé de la Jeunesse

Tunis : Abdelkoddous Saâdaoui, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports chargé de la jeunesse, ex-membre et porte-parole démissionnaire d’Afek Tounes, pose dans son bureau au ministére de la jeunesse et du sport le 05 mars 2018. © Ons Abid / JA © Ons Abid pour JA

Abdelkoddous Saadaoui est devenu secrétaire d’État tunisien chargé de la Jeunesse en septembre 2017. Son parcours éclectique lui a permis de penser une stratégie pour la jeunesse articulée autour de la citoyenneté, l’employabilité, la mobilité et la créativité. Portrait.

Il a un gabarit de demi de mêlée mais c’est avec le football, qu’il a pratiqué dans sa jeunesse, qu’il a appris à jouer collectif. En poste depuis septembre 2017, Abdelkoddous Saadaoui, 34 ans, a suivi un parcours éclectique de jeune homme en phase avec son temps. Originaire de Kasserine (Centre-Ouest), il se décrit comme un pur produit de l’école publique. De cette époque, ce Kasserinois fier de l’être conserve de solides amitiés qu’il a également cultivées à l’internat du lycée du Kef (Nord-Ouest), avant d’entamer des études supérieures à Toulouse.

Loin des siens, ce scientifique passionné de Nietzsche, de Mahmoud Darwich et de littérature vole de ses propres ailes. Et est confronté aux dures réalités de la vie : il connaît la galère des petits boulots, délaisse un temps ses cours, rencontre Clotilde et risque l’expulsion. Dénoncé par un parent de sa compagne, il passe 37 jours en prison pour séjour irrégulier. Mais « Clo » se bat bec et ongles pour le sortir de là.

La société civile se mobilise pour les deux tourtereaux de Toulouse, qui finiront par convoler en justes noces. Spécialiste de simulation numérique appliquée à l’énergétique, il obtient son diplôme d’ingénieur. Tout en gardant un œil sur la situation en Tunisie. « Pour ma génération, Ben Ali n’était pas important, explique-t‑il. Il serait parti tôt ou tard. Après le 14-Janvier, il n’avait plus aucun intérêt. »

Une population composée à 60 % de jeunes est un vivier de potentialités incroyable », insiste Saadaoui

Artisan d’une stratégie pour la jeunesse articulée autour de la citoyenneté, l’employabilité, la mobilité et la créativité, pour un coût de quelque 70 millions de dinars (23,5 millions d’euros), il a fait d’une centaine de maisons de jeunes existantes mais inactives le quartier général de l’innovation, avec des espaces de coworking et de gaming et des activités sportives et culturelles.

Révolution numérique

« Une population composée à 60 % de jeunes est un vivier de potentialités incroyable. Il faut les écouter. Dans un monde en mouvement, si on regarde dans le rétroviseur, on n’avance pas », insiste Saadaoui, qui estime que la révolution numérique est aussi importante que l’invention de l’imprimerie.

Pour autant, il a beaucoup appris de ses aînés. Sa rencontre avec Yassine Brahim, fondateur d’Afek Tounes, a été déterminante pour son entrée en politique et son ascension au sein de la formation, dont il deviendra le porte-parole, avant de la quitter en décembre 2017 pour rester au gouvernement. En travaillant aux côtés de Brahim au ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale en 2015, il se familiarise avec les rouages de l’État et les arcanes des instances internationales.

Il participe à l’élaboration du plan de développement 2016-2020 et du code de l’investissement, ainsi qu’à l’organisation de la conférence internationale Tunisia 2020. « Yassine m’a appris la culture du résultat. Son successeur, Fadhel Abdelkefi, m’a enseigné à tenir compte du bon sens bédouin. » En 2014, Saadaoui était revenu en Tunisie pour créer une entreprise, mais il a finalement suivi une tout autre voie. « Le secret de cet homme est sa joie de vivre communicative, son humilité et sa capacité d’écoute », confie l’un de ses collaborateurs.

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