Villes nouvelles : un bilan mitigé

Vision City, à Kigali, au Rwanda, a été construite en 2011. © V. Fournier/Jeune Afrique-REA

Afin de désengorger les métropoles et de régler les problèmes de logement, de nouvelles agglomérations fleurissent sur le continent depuis les années 2000. Mais ces grands ensembles tardent à tenir leurs promesses initiales.

Après une première vague amorcée dans les années 1960, les villes nouvelles ont connu, depuis le début des années 2000, un nouvel élan sur le continent : Kilamba en Angola en 2008, Vision City au Rwanda en 2011, Hope City au Ghana en 2013, Diamniadio au Sénégal en 2014… Rien qu’en 2017 ont notamment fleuri les projets Sèmè City au Bénin ou Yennenga au Burkina Faso. C’est du Maghreb, en 2004, qu’est parti ce mouvement.

Tout d’abord au Maroc, avec de vastes programmes couvrant une dizaine de villes. « En 2001, le royaume était confronté à un vrai problème de logement. Et ce n’était pas quelques lopins par-ci par-là qui allaient régler la question », rappelle Ahmed Taoufiq Hejira, ministre chargé du Logement entre 2002 et 2012. L’Algérie a suivi en créant les villes de Bouinan, Boughezoul et Sidi Abdellah.

Rendez-vous dans un siècle

Si la vague semble avoir gagné l’ensemble du continent, à l’exception notable de la Tunisie et de la RD Congo, le résultat est-il à la hauteur des ambitions de départ ? Rien n’est moins sûr : si, contrairement à Kilamba, restée vide pendant des années, les logements à prix attractif de Sidi Abdellah ont trouvé preneurs, l’enthousiasme n’est plus de mise. Plus qu’à des villes à part entière, c’est à des cités-dortoirs que ressemblent ces grands ensembles, souvent implantés à trente ou quarante kilomètres des métropoles et où l’activité économique et les services publics tardent à s’installer.

Résultat, ces villes désertées par les classes moyennes et aisées connaissent des taux de chômage record, enregistrent des embouteillages en direction des métropoles voisines et subissent une détérioration rapide de leurs infrastructures. « Certes, l’habitat insalubre a été fortement résorbé. Mais, pour que ces villes marchent, il aurait fallu envisager simultanément du logement, de l’emploi mixte et des transports », estime Pierre Signoles, spécialiste du Maghreb et professeur honoraire de géographie à l’université de Tours, dans l’ouest de la France.

On oublie qu’une ville met des années à se sédimenter pour devenir quelque chose

C’est ce manque de coordination des facteurs, commun à plusieurs projets, qui empêche des bailleurs de fonds de participer à bon nombre de ces projets, assure Pierre-Arnaud Barthel, chef de projet de la division développement urbain au sein de l’Agence française de développement. Celle-ci finance pourtant, avec la Banque européenne de développement, l’écocité de Zenata, au Maroc, à hauteur de 150 millions d’euros.

Néanmoins, tous les acteurs l’admettent : « On oublie qu’une ville met des années à se sédimenter pour devenir quelque chose », rappelle le chercheur Jérôme Chenal, enseignant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, qui donne rendez-vous « dans cinquante ans ou dans un siècle » pour faire le bilan des villes nouvelles africaines. Nouakchott, par exemple, créée de toutes pièces en 1957 sur le terrain d’un campement nomade, est une ville moderne et dynamique.


Le Cameroun tente aussi l’expérience

Troisième acteur italien du bâtiment, Pizzarotti ambitionne, à la demande du gouvernement camerounais, de créer une ville nouvelle en 2026 à Mbankomo, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Yaoundé. D’un coût global de 359 milliards de F CFA (environ 547 millions d’euros), le projet vise à construire 10 000 logements sur 200 ha. La première phase, financée à hauteur de 115 milliards de F CFA par la banque trans­alpine Intesa Sanpaolo, consistera à implanter une base industrielle de production de matériaux, dont des préfabriqués, et à édifier 1 000 logements sur trois ans.

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