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Cet article est issu du dossier «La Guinée face au choc social»

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Politique

Guinée – Faya Millimouno : « Mon avantage ? Je n’ai encore jamais gouverné »

Faya Millimouno, leader du Bloc Libéral (BL), à la permanence de son parti à Conakry (Guinée), en février 2018 © Youri Lenquette pour Jeune Afrique

Président fondateur du Bloc libéral (BL) et candidat déclaré à la présidentielle en 2020, Faya Millimouno estime que le fait de n'avoir jamais été élu à aucun mandat est « un gros avantage sur ceux qui ont déjà été au pouvoir ».

À 55 ans, même s’il n’a jamais exercé de mandat électoral ni de fonction ministérielle, Faya Millimouno est loin d’être un novice en politique. Dès 1992, ce fils de planteur originaire de Guéckédou s’engage au sein du Parti guinéen pour le progrès alors qu’il est enseignant-chercheur à l’École normale supérieure de Manéah, où il a obtenu une licence en sciences de l’éducation.

L’année suivante, grâce à une bourse de la Francophonie, il s’envole pour l’université de Montréal, dont il sort docteur en administration de l’éducation en 1999. Il devient ensuite consultant à la Banque mondiale, puis gestionnaire des pensions à l’université de Georgetown, à Washington.

En 2010, à son retour en Guinée, il prend le secrétariat général de la Nouvelle Génération pour la République, avant de créer son parti en février 2013, quelques mois avant les législatives.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui vous distingue des autres leaders politiques ?

Faya Millimouno : Je défends des valeurs libérales, mais je ne suis pas pour un libéralisme sauvage. Je reste sensible aux questions sociales et mes convictions sont profondes, elles ne changent pas au gré des circonstances. J’ai eu beaucoup de propositions dans les années 1990-2000, à l’époque du président Conté.


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Il a fait des choses importantes pour le pays : il est le père de la liberté (de la presse, de mouvement…), il a engagé des réformes qui ont réveillé l’esprit entrepreneurial… Mais j’ai rapidement compris qu’on allait dans la mauvaise direction.

Il y avait trop de corruption, aucun contrôle, et quand il a modifié la Constitution pour se présenter une troisième fois, tout a basculé. Son régime est devenu un cauchemar, le pays a sombré dans une période de terribles violences et est tombé en faillite.

Notre démocratie est pervertie : on ne respecte rien, et cela laisse une grande partie des populations désœuvrée

Revendiquez-vous une part de son héritage ?

Non. J’apprécie beaucoup de choses qu’il a faites, mais pas toutes. Tout comme avec Alpha Condé. C’était séduisant au début. À son arrivée en 2010, il promettait de lutter contre la mauvaise gouvernance… Mais il ne l’a pas fait, et tout semble indiquer qu’il tentera lui aussi de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat.

Je trouve que notre démocratie est pervertie. On ne respecte rien, c’est le règne de l’impunité, des détournements de deniers publics, et cela laisse une grande partie des populations désœuvrée. Nous sommes le deuxième pays fournisseur de migrants après le Nigeria, alors que nous sommes un pays riche.

Qui voyez-vous favori en 2020 ?

Moi, bien sûr ! Je n’ai jamais gouverné, ce qui est un gros avantage sur ceux qui ont déjà été au pouvoir. Avec le Bloc libéral, nous voulons montrer que nous serons différents.

Nous voulons amener les Guinéens à s’intéresser aux enjeux de fond

Aujourd’hui, les Guinéens s’intéressent davantage à la politique, mais il y a trop d’élections et pas assez de débats. Il faut sortir de la politique des tee-shirts et des couleurs, du folklore. Nous voulons amener les Guinéens à s’intéresser aux enjeux de fond !

Que faut-il améliorer ?

La politique sociale ! Alpha Condé a fait quelque chose de très bien en organisant la fête nationale chaque année dans une région différente, moyennant des investissements. Le problème est qu’on n’investit pas le même montant dans chacune d’entre elles. En outre, nous avons certes des ressources naturelles, nous exploitons la bauxite à Boké depuis des décennies, mais les populations attendent encore d’avoir de l’eau potable, de l’électricité, des écoles. C’est un échec de notre politique minière.

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