Élections en Tunisie – Simon Slama : « Je veux être le symbole d’une Tunisie unie et tolérante »

Simon Slama, candidat Ennahda pour les législatives du 6 mai en Tunisie. © DR

Candidat de confession juive en 7e place sur la liste d’Ennahdha à Monastir pour les municipales tunisiennes du 6 mai, Simon Slama répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis un père de famille de 54 ans issu d’une vieille famille juive de Monastir. Mon grand-père maternel est né ici aux alentours de 1882. J’ai quatre frères, trois enfants. Je suis patriote mais pas engagé. Je travaille dans les machines à coudre. Je suis mon propre patron, et mon unique employé. Jusqu’ici, je ne me suis jamais vraiment occupé de politique.

Pourquoi alors vous présenter aux municipales ? Et pourquoi avoir choisi Ennahdha ?

Je me présente pour les habitants de Monastir, pour un projet local. J’ai un ami à Ennahdha. Il s’appelle Slama comme moi. C’est un parti intègre qui combat la corruption et qui a séparé ses activités religieuses et politiques. C’est en discutant avec des militants que l’idée m’est venue de me lancer. La liste est composée pour moitié de représentants de la société civile de Monastir. À la présidentielle de 2014, j’ai voté pour Béji Caïd Essebsi.


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Êtes-vous pieux ?

Je suis croyant, pas très pratiquant. J’allais à la synagogue de manière plus assidue quand je vivais en France. Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment de synagogue en activité à Monastir.

Vous aimeriez en voir rouvrir une ?

Je ne sais pas si c’est l’urgence, mais ce qui est sûr, c’est qu’une réhabilitation et une mise en valeur du patrimoine juif tunisien feraient beaucoup de bien, en plus d’être bonnes pour le tourisme, à tous mes compatriotes.

Comment a réagi votre entourage ?

Ma famille commence à comprendre mon choix. Quant à mes voisins, ça dépend.

Monastir est une ville traditionnellement bourguibiste. Ne craignez-vous pas le désaveu des urnes ?

Oui, c’est une ville bourguibiste. Je suis moi-même un admirateur de Bourguiba. Son nom symbolise la volonté de réforme. Les gens veulent renouer avec ses ambitions en matière d’accès à la santé, à l’éducation… Ennahdha n’a pas tourné le dos à Monastir. Il suffit de le dire et de le montrer.


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Votre présence sur une liste électorale d’Ennahdha est commentée bien au-delà de Monastir…

Je fais ça aussi pour le symbole. Je veux montrer que la Tunisie reste un pays de tolérance, de compréhension mutuelle et d’audace. J’aimerais qu’on parle de notre liste dans tout le Maghreb et aussi en Europe, où les gens ont des idées reçues. Je ne suis pas le premier. Il faut se souvenir que la Tunisie a compté des ministres juifs comme Albert Bessis ou André Barouch.

Je dis à tout le monde : ne devenez pas éradicateurs

Quelles sont les réactions de la communauté juive tunisienne ?

J’ai reçu quelques messages d’encouragement. Perez Trabelsi, qui préside l’Association de la Ghriba, est une voix juive tunisienne qui compte. Il a simplement précisé que ma candidature n’engageait que moi mais ne posait pas de problèmes.

Des Juifs tunisiens ont pris votre défense en ligne après qu’un internaute a crié sur sa page Facebook à la « normalisation avec l’entité sioniste »…

Dire qu’Ennahdha soutient Israël est une drôle d’idée. Notre liste serait donc soit une dangereuse liste islamiste, soit une dangereuse liste sioniste. Je n’ai pas envie de me lancer dans des polémiques sans fin.

Certains disent qu’Ennahdha cherche à faire le « buzz ».

Si la Tunisie peut s’illustrer par la capacité de ses citoyens à travailler ensemble au-delà de leurs différences, alors c’est un bon buzz. Ennahdha n’a pas spécialement besoin de moi pour exister. Je dis à tout le monde : ne devenez pas éradicateurs. Certains Tunisiens refusent de croire que tel ou tel parti puisse faire quoi que ce soit de positif parce qu’ils le tiennent pour un ennemi politique à faire disparaître. C’est contre-productif.

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