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Cet article est issu du dossier «La Guinée face au choc social»

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Politique

La Guinée, tu l’aimes ou tu la quittes…

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Des migrants partis des côtes libyennes attendent d'être secourus par l'ONG espagnol Proactiva Open Arms en mer Méditerranée, le 12 septembre 2017. © Santi Palacios/AP/SIPA

L'émigration de la jeunesse guinéenne est en constante augmentation. Un phénomène qui, en plus de jeter des milliers de jeunes sur les routes meurtrières de la migration vers l'Europe, devrait interpeller la classe politique sur l'horizon qu'elle parvient à offrir aux jeunes du pays.

Édito. C’est un phénomène qui devrait, bien plus que les querelles électorales, préoccuper l’ensemble de la classe politique. Aux portes de la forteresse Schengen, le nombre de demandeurs d’asile originaires de Guinée est en augmentation régulière. En France, mais aussi en Belgique, au Portugal et en Italie, les ressortissants guinéens figurent dans le top cinq des nationalités africaines demandeuses du statut de réfugié.

Hémorragie continue de la jeunesse

Certes, il en va des Guinéens comme des Ivoiriens, des Sénégalais, des Maliens, des Nigérians ou des Gambiens : beaucoup d’entre eux sont en réalité des migrants économiques fuyant la pauvreté et non pas (ou plus) les persécutions politiques ou ethniques.

Mais c’est cela, justement, qui interpelle : l’hémorragie continue d’une jeunesse de plus en plus éduquée, suffisamment sortie de la précarité pour réunir les moyens nécessaires au grand voyage vers l’Europe (plusieurs milliers d’euros) et disposant d’un ancrage familial au sein de la diaspora, risque à terme de saigner à blanc le développement de la Guinée.

Le gouvernement en est conscient et le président Alpha Condé au premier chef : à Conakry comme dans toutes les capitales de la région, l’emploi des jeunes est une absolue priorité, à la mesure de l’exception démographique africaine.

Entre 2010 – année du départ des militaires et de l’accession d’Alpha Condé au pouvoir – et aujourd’hui, la Guinée a gagné vingt places au classement « Doing Business » de la Banque mondiale, mesurant la facilité à y faire des affaires, seize dans celui de Transparency International, douze dans l’index de Reporters sans frontières. Négatif il y a huit ans, son taux de croissance navigue aujourd’hui entre 6 % et 7 %. Sur fond de progrès en matière de libertés, les fondamentaux d’un bond en avant économique et social existent donc, même si, en matière de développement humain, le rang qu’occupe encore ce pays qui, avant son indépendance, fut l’un des plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest est indigne de ses potentialités.

Rendez-vous avec l’histoire

La période qui s’ouvre, jusqu’à la présidentielle de 2020 en passant par les législatives prévues pour la fin de cette année, est hélas plus propice aux divisions qu’à la mutualisation des efforts en faveur de la jeunesse, ainsi que viennent de le démontrer les troubles qui ont accompagné les élections communales de février.

Il est pourtant un rendez-vous avec l’Histoire qui se devrait en toute logique d’être fédérateur et propice à une réflexion commune : le 2 octobre 2018, la Guinée indépendante aura 60 ans. Dans ce pays de 12 millions et demi d’âmes, où l’âge médian est de 19 ans, seuls 4 % des habitants étaient nés quand Sékou Touré lança son célèbre « non » à de Gaulle. Parmi eux figurent les trois principaux leaders politiques guinéens : Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré.

S’ils ne font pas de cet anniversaire un moment de psychothérapie collective et s’ils ne parviennent pas, par leur exemple, à donner à cette jeunesse l’envie d’aimer la Guinée plutôt que de la quitter, qui d’autre le fera à leur place ?

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