Société

Tendance : quand la batucada fait rythmer le Maroc

Le groupe Karacena en représentation. © Francois Beaurain

Depuis une petite dizaine d’années, les groupes de percussions brésiliennes se multiplient dans le royaume marocain. Sans pour autant renier leurs racines.

En 2009, la capoeira (danse) et la batucada (genre musical à base de percussions), venues du Brésil, ont fait leur apparition au Maroc grâce à Matissa, une association culturelle de Rabat. Si la capoeira est restée anecdotique, la batucada a rencontré un large écho dans le pays. À Salé, que certains appellent Batucada City, il existe une quinzaine de troupes et on estime qu’il y en aurait une quarantaine dans tout le royaume, principalement entre Casablanca et Salé.

Pour Youssef Anagam, président de l’association Overboys, c’est la participation à l’émission Arabs Got Talent, en 2012, qui a fait connaître la batucada et accéléré son développement. Six ans plus tard, le son des percussions brésiliennes est devenu familier le long du Bouregreg à Salé ou de la corniche à Casa.

Un art accessible

Les batucadas sont désormais de véritables attractions populaires et leur présence est recherchée lors d’événements sportifs, de festivals et de mariages. C’est d’ailleurs la source principale des revenus de ces groupes qui, pour certains, ont pu se professionnaliser.

C’est un art populaire et c’est d’ailleurs pour ça que l’on trouve plus de batucadas à Salé qu’à Rabat

Youssef, qui est aussi manager de Slatucada, se considère aujourd’hui comme l’ambassadeur de la batucada marocaine à l’étranger. Le groupe a déjà deux tournées en Europe à son actif et il a fait forte impression lors du Festival international de Percumon, en Espagne, en 2017.

Pour Amine El Kabab, leader du groupe Karacena, le succès de la batucada s’explique par l’accessibilité de cet art. Les instruments sont peu coûteux et fabriqués localement. « Nous avons appris en regardant des vidéos, explique-t-il. La batucada attire les jeunes car c’est bourré d’énergie. C’est un art populaire et c’est d’ailleurs pour ça que l’on trouve plus de batucadas à Salé qu’à Rabat. »

Notre travail est ancré dans les cultures marocaine et amazigh

Ce n’est pas la seule explication. Il est probable que ce sont les rythmes gnaouas, avec lesquels la batucada a fusionné, qui ont contribué à sa popularité. On observe un véritable phénomène d’appropriation, ainsi que l’explique Youssef : « On s’inspire des rythmes gnaouas et aïssawas. Notre travail est ancré dans les cultures marocaine et amazigh. »

Place aux femmes

La batucada marocaine se distingue de sa grande sœur brésilienne en accordant une grande place à la danse. Il y a une surenchère chorégraphique entre troupes qui tentent de se démarquer sur le marché de l’événementiel. Amine explique qu’il n’hésite d’ailleurs pas à puiser dans son passé de danseur professionnel de hip-hop pour introduire de nouveaux pas. Mais la batucada marocaine se différencie aussi en accordant un rôle fondamental aux femmes, qui forment la clé de voûte des groupes, comme l’explique Amine, de Karacena.

« Ce sont les filles qui fournissent le plus d’énergie. En se donnant la réplique, elles créent la “mélodie”, nous ne sommes là que pour les accompagner. » Ce qui n’est pas vraiment le cas dans la culture gnaoua… Au Maroc, les filles sont au centre d’un spectacle qu’elles ponctuent de mouvements de tête rappelant le headbang des fans de métal.

Simple phénomène de mode ou tendance durable ? Difficile de se prononcer, mais il est clair qu’il existe déjà une forme de batucada marocaine bien à part, qui constitue un espace surprenant d’innovation et de mixité sociale, exemple rare de transfert culturel Sud-Sud, révélateur d’un monde globalisé mais de moins en moins eurocentré.

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