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Cet article est issu du dossier «Transport routier et ferroviaire : des investissements malgré les risques»

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Transports

Autoroutes du Maroc amorce son chantier de désendettement

Dans le Royaume, 85% de lapopulation est situé à moinsd'une heure de l' autoroute. © PROMzximvs VdB / Flickr

Alors que 22 villes marocaines de plus de 100 000 habitants sur 27 sont reliées au réseau autoroutier, l’entreprise publique de gestion de ces infrastructures doit assainir sa trésorerie si elle veut de nouveau engager de très gros investissements.

Dans son dernier budget annuel, l’État a alloué à Autoroutes du Maroc (ADM) une enveloppe de 3,4 milliards de dirhams (environ 300 millions d’euros) pour ses investissements. Un montant moindre que ceux des années précédentes (5 milliards de dirhams en 2014), ce qui montre que 2018 ne sera pas des plus productives pour le bâtisseur public. Bien que le trafic moyen quotidien sur le réseau soit en constante progression (de 7 % en 2016, avec 340 000 véhicules), seuls deux petits chantiers sont prévus : l’autoroute Berrechid-Tit Mellil, d’une quarantaine de kilomètres, et l’élargissement des voies sur le tronçon Casablanca-Berrechid, sur la même distance.

Si le calendrier ne laisse apparaître aucun gros investissement, c’est parce que l’État n’a toujours pas signé de nouveau contrat-programme avec la société. Depuis que s’est conclu le plan 2008-2015, ADM a eu d’autres problèmes à régler. Selon un expert, « la dette cumulée par l’entreprise publique, de 41 milliards de dirhams, ne lui permet pas de s’engager sur de très gros investissements. Il lui faut assainir sa situation financière ».

Un déséquilibre financier

Comme les fonds propres qu’a injectés l’État durant les huit années du contrat-­programme n’ont pas permis de financer la globalité des investissements d’ADM, la société a dû s’endetter. Sur les 54 milliards de dirhams mobilisés pour bâtir 1 800 km, 39 milliards ont été consacrés à 1 039 km d’autoroutes. S’ils ont permis de voir sortir de terre les liaisons Marrakech-Agadir (231 km) et Fès-Oujda (323 km), ils ont en même temps accentué le déséquilibre financier. ADM doit finir de rembourser un crédit alors que le réseau n’est toujours pas rentable. Il faut que 8 500 véhicules l’empruntent quotidiennement pour atteindre l’équilibre ; or ce n’est le cas que sur 1 000 km. Difficile de continuer au même rythme.

Une opération de restructuration de cette dette, considérée comme la plus lourde portée par une entreprise marocaine – mais normale dans le secteur des infrastructures –, a donc été lancée en janvier. « Le défi pour nous, c’est avant tout de préserver la pérennité d’ADM en enrichissant le réseau autoroutier du pays », explique Anouar Benazzouz, directeur général de l’établissement depuis 2014, sans détailler de projets de plus grande envergure.

ADM étudiera les différentes opportunités de reprofilage en vue d’alléger la trésorerie à court et à moyen terme, rassure le directeur général

Ainsi, ADM a racheté ses anciennes obligations en en émettant de nouvelles, mais avec de meilleures conditions. « Le marché permet actuellement de s’endetter avec des taux plus bas et sur des durées plus longues. C’est exactement ce que cherchait l’entreprise », assure l’expert.

Pour rembourser une partie des emprunts en 2018 et 2019, ADM a levé 1,2 et 2,5 milliards de dirhams. Deux montants garantis par l’État sur trente ans. Par ailleurs, ADM s’est libéré d’une partie de son fardeau en contractant l’équivalent de 2,9 milliards de dirhams de dettes en dinars koweïtiens auprès du Fonds arabe pour le développement économique et social, l’un de ses partenaires historiques. « ADM étudiera les différentes opportunités de reprofilage en vue d’alléger la trésorerie à court et à moyen terme », rassure le directeur général. En une année, la dette a déjà baissé de 400 millions de dirhams.

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