Cinéma

Cinéma : deux films tunisiens explorent les bouleversements de la vie intime

Hafsia Herzi illumine « L’Amour des hommes ». © 4 x 4 productions

Sortis en même temps sur les écrans français, les films tunisiens « L’Amour des hommes » et « Corps étranger » explorent les méandres du désir et les voies de l’émancipation. Sans gêne ni tabou.

Étonnant cinéma tunisien ! Avec deux films diffusés au même moment en France, il nous plonge dans des univers que rien ne paraissait devoir réunir, celui d’une jeune veuve vivant au sein de la bourgeoisie de Tunis et celui d’une réfugiée clandestine tout juste débarquée en France.

Des univers qui pourtant se rejoignent par les émotions et les sentiments qu’ils convoquent et par une approche sans tabou de la question du désir, sous ses formes les moins conventionnelles. Pour aboutir, dans les deux cas, à des œuvres troublantes, sinon provocatrices, comme on n’en a guère vu depuis longtemps dans le monde arabe.

Avec L’Amour des hommes, Mehdi Ben Attia suit le parcours d’Amel, une jeune photographe talentueuse qui expose à Tunis une série de portraits d’individus dont elle capte remarquablement l’intériorité. « Tu es douée, tu devrais aller plus loin », lui confie Nabil, le père de son époux, après avoir contemplé ses œuvres. « Dans la provocation ? » lui demande, ou se demande, Amel, qui a les traits de Hafsia Herzi, parfaite dans le rôle. La mort accidentelle de son mari et son installation chez ses beaux-parents, qui considèrent cette orpheline désormais veuve comme leur fille, vont la pousser à franchir bientôt une nouvelle étape.

La problématique du genre

En photographiant des hommes qu’elle choisit ou recrute à travers un réseau de connaissances, et auxquels elle demande d’ôter leurs vêtements. Sans peut-être l’avoir réellement décidé, elle se met ainsi à les regarder à travers son objectif comme des objets – exactement comme les hommes regardent les femmes. Ce qui ne va pas, évidemment, sans la mettre quelquefois en danger : on ne joue pas avec les figures du désir sans prendre de risques…

Ce film passionnant, car jamais didactique, aborde de façon originale la problématique du genre, s’interrogeant sur les diverses façons – et la difficulté – d’être un homme ou une femme dans la Tunisie post-révolutionnaire. Il raconte, chemin faisant, comment une femme qui n’était que « la belle-fille de… » réussit à s’émanciper véritablement en osant aller au bout d’une démarche transgressive.

Besoin d’émancipation

Un parcours qui est aussi, à bien des égards, celui de Samia, l’héroïne de Corps étranger, le troisième long-métrage de Raja Amari. Moins original, en raison d’un scénario un peu trop schématique, mais tout aussi sensuel, ce film raconte comment une jeune femme qui a fui la Tunisie par la mer après avoir été amenée à dénoncer son frère islamiste va découvrir en France qu’elle peut s’autoriser à assumer son besoin d’émancipation, mais aussi ses pulsions sexuelles. Y compris celles qui la portent vers une autre femme.

Là encore, bien servi par le jeu remarquable des acteurs, Hiam Abbass en tête, le film explore les bouleversements de la vie intime. Si les changements politiques marquent un peu le pas en Tunisie, il ne semble pas en être de même pour la révolution subjective…

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