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Cet article est issu du dossier «Niger : et pourtant, il tient bon»

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Politique

Niger – Amadou Ali Djibo (FRDDR) : « On ne brûle pas de pneus, mais on fait le travail »

Amadou Djibo, Président du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR) © Mathieu Olivier pour JA

Le président du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR), principale coalition de partis de l'opposition nigérienne, revient pour Jeune Afrique sur l'exil d'Hama Amadou, qui « reste le chef de l'opposition » et les résultats de 2016, que l'opposition continue de contester.

L’opposition semble avoir perdu plusieurs têtes d’affiche, au moins temporairement, et tente de se faire entendre en se regroupant au sein de diverses coalitions. La plus représentative, le Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR), est dirigée par Amadou Ali Djibo, dit Max, président de l’Union des Nigériens indépendants (UNI), qui a perdu le seul siège qu’elle détenait à l’Assemblée en 2016. Il a reçu JA dans les bureaux du Moden Fa Lumana, où Hama Amadou, depuis son exil, reste omniprésent.


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Jeune Afrique : Comment se porte l’opposition ?

Amadou Ali Djibo : Très bien ! Certes, elle n’est plus la même qu’en 2016, l’ère de la Coalition pour l’alternance [Copa] est terminée, et on ne peut plus la résumer aux anciens candidats à la présidentielle. Aujourd’hui, je dirige le FRDDR, qui compte tout de même dix partis. On ne nous voit pas brûler des pneus ou hurler, mais nous faisons notre travail : déclarations, interpellations à l’Assemblée, demandes d’autorisation de marches… Lesquelles nous sont systématiquement refusées par l’exécutif, au mépris de la Constitution. C’est une pratique d’intimidation récurrente.

L’absence de Hama Amadou, en exil depuis mars 2016, est-elle préjudiciable ?

Hama Amadou reste le chef de file de l’opposition. Il est le président du Lumana, parti d’opposition qui compte le plus de députés [25 sièges sur 171]. Pour ma part, je dirige le Front comme une opposition par délégation. Hama reste très présent et est consulté pour chacune des décisions importantes, mais nous écoutons de nombreux autres leaders et, pour les échéances à venir, nous pourrons choisir entre toutes ces forces.

Quelles sont vos revendications ?

Nous contestons toujours les résultats de 2016. Il n’y a pas eu de présidentielle, puisque Hama Amadou était en prison quand Mahamadou Issoufou faisait campagne. Ni la communauté internationale ni les organisations régionales ne se sont manifestées, on a laissé se tenir « un scrutin tropicalisé » et, depuis, rien n’a changé. Il était question de s’asseoir autour d’une table pour travailler à l’adoption d’un fichier électoral fiable avant la tenue d’autres scrutins, notamment locaux, mais rien n’a été fait.

Si, le gouvernement a créé un comité chargé du fichier électoral biométrique…

Certes, la primature a mis en place un comité, mais sa composition ne permet pas à l’opposition de s’exprimer. En réalité, aucune concertation entre majorité et opposition n’a été organisée. Elle aurait dû se faire au sein du Conseil national de dialogue politique [CNDP], or, depuis les élections de 2016, cet organisme n’a pas fonctionné. Nous souhaitons un dialogue national inclusif, qui travaillera à l’élaboration d’une nouvelle loi électorale et d’un fichier biométrique. Pour cela, nous devons reprendre les choses dans l’ordre et lancer les débats dans le cadre du CNDP. C’est lui, au sein duquel l’opposition est présente, qui doit être le moteur des réformes électorales.

Comment préparez-vous la présidentielle de 2021 ?

L’important, c’est de parvenir à ce que la démocratie soit réelle. C’est ce à quoi nous travaillons. Pour le reste, il y a plusieurs scénarios possibles, selon que le chef de l’État se présente à nouveau ou non.

Selon vous, Issoufou briguera-t-il un troisième mandat ?

Même si l’actuelle Constitution ne l’y autorise pas, Mahamadou Issoufou dispose d’une majorité écrasante à l’Assemblée. Alors, s’il en a le désir et s’il lève le petit doigt, les députés suivront. Et la rue n’y pourra peut-être rien.

 

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