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Cet article est issu du dossier «France-Maghreb : quand Macron veut tout changer»

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Politique

Hakim El Karoui : « Il faut assumer les lignes de démarcation avec l’islamisme »

Hakim El Karoui. © DR

Consultant franco-tunisien, Hakim El Karoui a dirigé le rapport de l’Institut Montaigne sur la politique arabe de la France (août 2017). Il répond à nos questions sur les relations entre la France et le Maghreb.

Jeune Afrique : Vous conseillez de replacer le Maghreb au centre de la « politique arabe » de la France, pourquoi ?  

Hakim El Karoui : En France, six millions de personnes, immigrés de première, deuxième ou troisième génération, ont un lien direct avec le Maghreb. D’un autre côté, 54 % des Tunisiens sont francophones, et environ 80 % des Algériens qui étudient à l’étranger le font en France. Les relations entre l’Hexagone et le Maghreb sont extrêmement étroites. Et ce n’est pas tout : entre 2015 et 2016, la Tunisie était un partenaire économique plus important que le Qatar et les Émirats arabes unis réunis, et l’Algérie dépasse de loin l’Arabie saoudite comme partenaire commercial.

Aujourd’hui, le Maghreb est aux côtés de l’Europe devant la migration subsaharienne

Vous plaidez pour une approche « néoréaliste ». Qu’entendez-vous par là ?

La prise en compte de données nouvelles. Le Maghreb a en partie « changé de rive » en ce qui concerne la question migratoire. Aujourd’hui, il est aux côtés de l’Europe devant la migration subsaharienne. Mais le néoréalisme, c’est aussi assumer les lignes de démarcation et les différences. Avec l’islamisme, par exemple, dont la vision sociétale est très éloignée de la nôtre.

Paris peut bien sûr s’entendre avec les islamistes maghrébins, qui gouvernent souvent de manière pragmatique. Il ne s’agit pas d’influencer la vie politique maghrébine mais d’assumer nos positions et notre soutien aux franges de la société qui partagent le même socle de valeurs que nous.

Pas moins de 10 % des médecins exerçant en France sont nés dans le monde arabe

L’ouverture d’antennes universitaires françaises au Maghreb ne risque-t-elle pas de pérenniser la « fuite des cerveaux » ?

Non, il s’agit d’abord de réinvestir dans la formation. C’est primordial. Les universités, les écoles, mais aussi les centres de recherche offrent des espaces de réflexion et de débat, en même temps qu’ils permettent aux Français de rester informés.

Certes, aujourd’hui, pas moins de 10 % des médecins exerçant en France sont nés dans le monde arabe. Mais il ne faut pas avoir peur des systèmes novateurs. Les coûts de santé explosant en France, pourquoi ne pas imaginer l’envoi de patients français au Maghreb par les mutuelles ? Ce serait gagnant-gagnant. Bien plus que l’offshoring, cela induirait des ressources pour les États, car la santé est un secteur riche en emplois à forte valeur ajoutée.

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