Politique

Guinée-Bissau : il y a quarante-cinq ans, l’assassinat d’Amílcar Cabral

Par

Historien

Le révolutionnaire Amílcar Cabral © Capture d'écran YouTube

Le 20 janvier 1973, Amílcar Cabral était assassiné à Conakry par la police politique portugaise. Elikia M'Bokolo, historien congolais, revient sur le décès et l’engagement de l'homme politique bissau-guinéen, entre panafricanisme et anticolonialisme.

S’il y eut, dans les luttes de libération de l’Afrique, un intellectuel capable de combiner la profondeur et le brio des choses de l’esprit avec l’engagement concret des combats sur le terrain et la vision stratégique à l’échelle panafricaine et globale, c’est bien Amílcar Cabral.

Panafricain, il l’a été dès les premiers instants de son engagement. À l’évidence, il fallait à ses yeux briser le mur séparant l’archipel du Cap-Vert et la « Guinée portugaise », dans une stratégie qui lierait d’abord les colonies africaines du Portugal, pour déboucher sur des formes et des niveaux d’intégration continentale. Un rêve qu’avait aussi nourri le Ghanéen Kwame Nkrumah, exilé à Conakry dès 1966.

Il fallait à ses yeux briser le mur séparant l’archipel du Cap-Vert et la « Guinée portugaise »

Un idéal panafricain centré sur la culture

Panafricain de cœur, Amílcar Cabral l’était aussi dans l’action et l’organisation concrète de la lutte pour l’indépendance. Jeune insulaire aux dons multiples, né de parents cap-verdiens sur la terre ferme de la Guinée-Bissau, il débarque à Lisbonne pour des études universitaires à l’âge de 21 ans.


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Passionné des lettres et de culture, il choisit d’étudier l’agronomie pour être au plus près des masses paysannes. Lisbonne sera pour lui ce que Londres et Paris ont été pour les premières générations du panafricanisme.

Lisbonne sera pour lui ce que Londres et Paris ont été pour les premières générations du panafricanisme

Son panafricanisme est d’abord politique, résolument anticolonialiste, adepte de la lutte armée, seule alternative face au régime dictatorial de Salazar. Contre le mythe laborieusement forgé du « lusotropicalisme », Cabral et ses camarades fondent la Casa dos Estudantes do Império, où se retrouvent, entre autres, les Angolais Mário de Andrade et Agostinho Neto, et les Mozambicains Eduardo Mondlane et Marcelino dos Santos.

C’est pourquoi la culture occupera une place centrale dans sa pensée et son action. Il se préoccupe d’histoire : celle de « la culture africaine [qui] a survécu à toutes les tempêtes, réfugiée dans les villages, dans les forêts et dans l’esprit des générations victimes du colonialisme ». Marxiste il est, mais loin des querelles russo-chinoises, assez proche des innovations castristes.

Une lutte victorieuse

De là vient cette lutte armée exemplaire, finalement victorieuse sur le terrain dès le début des années 1970, face à une armée coloniale fortement équipée, bénéficiant de la complicité discrète de l’Otan. Une victoire due à l’engagement d’un peuple pleinement associé à la prise de décision à tous les niveaux.

Cabral avait été assez lucide pour insister sur la nécessité, pour les cadres de la révolution, de lutter contre leurs propres faiblesses

L’assassinat de Cabral à Conakry le 20 janvier 1973 est évidemment l’œuvre de la Pide, la police politique portugaise. S’y sont trouvés mêlés des membres et des proches du PAIGC [Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert].

Cabral avait été assez lucide pour insister sur la nécessité, pour les cadres de la révolution, presque tous issus de « la petite bourgeoisie », de lutter contre leurs propres faiblesses, « la lutte la plus difficile » : « trahir la révolution ou se suicider comme classe ». Certains de ses proches ont choisi de « trahir la révolution » et de participer peu ou prou à son assassinat.

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