RDC : ni remords ni regrets pour l’ex-securocrate de Mobutu

Alain Atundu, porte-parole de la Majorite presidentielle, ancien directeur du renseignement sous la presidence de Mobutu. À Paris, le 26 janvier .2018. © Vincent Fournier/JA

Peu bavard sur les années Mobutu, Alain-André Atundu Liongo, cet ancien sécurocrate congolais porte désormais la voix de la Majorité présidentielle. Il nous a rendu visite, dans les locaux de Jeune Afrique, alors qu’il était à Paris pour affaires.

Ne comptez pas sur lui pour s’étendre sur sa longue carrière dans le renseignement. « En tout cas, pas avant que je sois à la retraite », précise-t-il. Alain-André Atundu Liongo, qui nous a rendu visite fin janvier, fut le dernier administrateur général du Service national d’intelligence et de protection (Snip) sous Mobutu – après avoir « gravi normalement les échelons », s’empresse-t-il d’ajouter.

Celui qui se revendique comme étant « stanleyvillois et fier de l’être » préfère se concentrer sur le présent. À 69 ans, l’ancien sécurocrate porte aujourd’hui une double casquette : porte-parole de la Majorité présidentielle (MP) et, depuis juillet dernier, président du conseil d’administration de la Société nationale d’électricité (Snel).

Ressurgir du passé

C’est ce second costume qu’il a revêtu pour venir à Paris « négocier un contrat d’audit » au nom de l’entreprise publique. « Je viens d’arriver. La première des choses à faire, c’est d’observer et de voir ce que nous pouvons améliorer », affirme Atundu, qui, avant de diriger le Snip, a été ambassadeur au Rwanda et est passé par la direction commerciale de la Gécamines.

De ses années dans les renseignements, il dit ne rien regretter. Travailler avec Mobutu ne fut, insiste-t-il, « ni une faute ni un blâme ». En mai 1997, lorsque le Maréchal est chassé du pouvoir par les hommes de Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel chef de l’État, Atundu s’efface. Un ancien ministre qui le connaît bien raconte qu’à l’époque « il n’avait plus rien et se baladait à pied dans la ville ».

Près de dix ans plus tard, en 2006, Atundu resurgit. Torse bombé, il annonce sa candidature à la présidentielle. Coup de bluff ? Toujours est-il que l’ambition fait long feu. Il s’allie très vite à Pierre Pay-Pay, un autre ancien dignitaire de l’ère Mobutu.

Au second tour du scrutin, après l’élimination sans appel de son champion, Atundu se rapproche de Joseph Kabila. Son parti, la Convention pour la démocratie et la République (CDR), devient membre de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP).

Toujours un pied en politique

Malgré tout, Atundu reste à l’écart de la gestion du regroupement politique et de la chose publique. Il se contente de jouer les communicants de la coalition au pouvoir, jusqu’à en devenir le porte-parole.

Le cardinal ne peut pas fixer le nombre de mandats présidentiels ni le mode de scrutin, déclare Atundu

Selon plusieurs cadres de la plateforme, c’est grâce à sa proximité avec Aubin Minaku, le président de l’Assemblée nationale, lui aussi passé par les « services », qu’Atundu a été propulsé à la tête de la Snel. « En tant que porte-parole de la MP, je suis proche de tout le monde », rétorque l’intéressé.

Une réponse d’ancien diplomate qui laisse vite la place aux punchlines d’homme politique lorsque la conversation s’oriente vers l’Église catholique, hostile au régime en place à Kinshasa. « Que chacun reste à sa place, lâche-t-il. Autant le chef de l’État ne va pas déterminer l’heure de la messe ni la date de la fête de Pâques, autant le cardinal ne peut pas fixer le nombre de mandats présidentiels ni le mode de scrutin. »

L’entretien s’achève. Atundu repart accompagné d’agents de sécurité spécialisés dans la « protection rapprochée des personnes ». Réflexe de sécurocrate face à ce qu’il qualifie d’« intolérance insupportable » des opposants radicaux à l’étranger.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici