Agroalimentaire

Engrais : l’Afrique au centre du bras de fer entre Yara et OCP

Svein Tore Holsether, PDG de Yara International, et Mostafa Terrab, PDG d'OCP. © Photomontage / Yara International / Alexandre Dupeyron pour JA /

Le continent africain aiguise les appétits des industriels des engrais, tant les marges de croissance possibles sont importantes. Yara International, leader mondial dans le domaine, et l'Office chérifien des phosphates (OCP), qui furent un temps partenaires, s'y livrent désormais une âpre bataille.

Les deux géants des engrais fourbissent leurs armes. Déjà propriétaire à 50 % d’une usine de fertilisants en Libye, le leader mondial, Yara International (9,89 milliards d’euros de CA en 2016), a annoncé en novembre, par la voix de son PDG, Svein Tore Holsether, 46 ans, son intention de construire une unité de production de fertilisants au Mozambique d’une capacité de 1,3 million de tonnes par an, pour 1,6 milliard d’euros.

Le Norvégien répondait ainsi à l’annonce de l’Office chérifien des phosphates (OCP) – 3,73 milliards d’euros de CA en 2016 –, un an plus tôt, de construire une usine d’engrais de 2,5 millions de t par an en Éthiopie, pour 2,2 milliards d’euros. Il se murmure depuis que Yara aurait l’intention d’implanter une usine de potasse… en Éthiopie.

De la coopération à la compétition

Les deux groupes n’ont pourtant pas toujours été rivaux. Longtemps, le marocain OCP s’est concentré sur l’amont de la filière et la production de phosphate, quand Yara est d’abord un producteur d’engrais (75 % de son CA). OCP, premier exportateur mondial de produits phosphatés, fournissait alors Yara. En 2011, les deux entreprises d’État signaient même un partenariat global…


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Mais parallèlement, sous la houlette de Mostafa Terrab, PDG depuis 2006, OCP a décidé de remonter la filière et de se lancer dans la production d’engrais à grande échelle. De 2 millions de tonnes produites en 2004, l’Office passera cette année à 12 millions de tonnes grâce à la mise en service de sa quatrième usine à Jorf Lasfar (Maroc). À distance respectable toutefois de Yara et de ses 27,2 millions de tonnes vendues en 2016.

Pour ces nouveaux concurrents, l’Afrique va constituer le principal terrain d’affrontement. Alors que le marché traditionnel dans les pays de l’OCDE est arrivé à saturation, les agriculteurs africains ne consomment encore qu’un peu plus de 10 kg d’engrais par hectare, soit près de dix fois moins que la moyenne mondiale.

Yara part cependant d’un peu plus loin. Si la compagnie possède depuis plus de dix ans à Johannesburg une division dévolue au continent, elle n’y réalise que 6 % de ses revenus. Présent à Abidjan en septembre, Svein Tore Holsether, nommé en 2015, affichait son intention d’y remédier : « Yara veut faire de l’Afrique un important marché d’avenir. (…) En ajustant notre stratégie, nous pensons pouvoir en prendre une part importante. » Faites vos jeux !

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