Cinéma

Cinéma – Liban : « L’insulte » hautement inflammable de Ziad Doueiri

Le film "L'insulte" de Ziad Doueiri arrive sur les écrans. © diaphana distribution

Avec, "L’Insulte", le réalisateur libanais Ziad Doueiri s’interroge sur le soutien aveugle apporté à la cause palestinienne, même quand les victimes deviennent bourreaux.

Au printemps 2013, la vie de Ziad Doueiri a connu l’un de ces tournants dramatiques dont regorgent ses films (West Beyrouth, Lila dit ça) et ses séries (Baron noir). À l’époque, le réalisateur libanais lançait son troisième film, L’Attentat, inspiré du roman de l’Algérien Yasmina Khadra. L’histoire se déroule en partie en Israël, où il a fait le choix de tourner avec des acteurs israéliens… Pour les vingt-deux États de la ligue arabe, ç’en est trop : le film sera boycotté.

Ziad Doueiri a beau être issu d’une famille « de gauche » qui a « porté les armes pour les Palestiniens », il ressort de cet épisode écœuré par ce qu’il nomme désormais la « gauche fasciste libanaise ». Lorsque nous l’avons rencontré, en septembre 2017 lors du Festival du film d’El-Gouna, en Égypte, sa révolte continuait de couver. « Au Liban, les massacres de chrétiens sont un sujet tabou », s’indignait-il. Ce sentiment traverse de bout en bout son nouveau film, « L’Insulte ».

Mais le scénario découle d’un autre épisode vécu. À un employé palestinien d’une entreprise de bâtiment qui avait endommagé son appartement, il a un jour lâché, hors de lui, cette phrase odieuse : « J’aurais aimé que Sharon [l’ancien Premier ministre israélien] vous ait tous balayés ! » Reprenant ses esprits, il s’est excusé et est allé voir le chef de chantier pour qu’il épargne son employé. « Je me suis demandé : que se serait-il passé si la tension n’était pas redescendue ? Si nous en étions venus aux mains ? Si l’un de nous avait porté plainte ? »

Fractures et les non-dits

C’est ce qu’imagine « L’Insulte », produit, entre autres, par Rachid Bouchareb et Julie Gayet. D’un côté le mécanicien chrétien Toni (Adel Karam). De l’autre, le chef de chantier réfugié palestinien Yasser (Kamel El Basha, prix du meilleur acteur pour ce rôle à Venise). Porté devant les tribunaux, leur affrontement devient une affaire d’État, entremêlant les communautés, leur mémoire et leurs douleurs. Dans cette fiction, Ziad Doueiri va jusqu’à faire littéralement brûler son pays dans de saisissantes scènes.

Transposées au Proche-Orient, les questions universelles soulevées par le film (jusqu’à quel point doit-on être solidaire d’une cause juste ? Comment juger un bourreau qui est aussi victime ?) sont en effet hautement inflammables.

Mais grâce à un scénario malin et truffé de rebondissements, Doueiri parvient à exposer, tour à tour, les points de vue de chacun. L’ensemble manque parfois de subtilité, mais réussit le tour de force de créer de l’empathie avec tous les protagonistes, exposant ainsi les fractures et les non-dits de la société libanaise.

Lequel de ses personnages a raison ? Lequel a tort ? Ziad Doueiri se refuse à trancher. À El-Gouna, le public égyptien, pourtant sensible à ces questions, a applaudi à tout rompre lorsque le réalisateur s’est vu remettre le deuxième prix. « Cela m’aide à surmonter les accusations dont je fais l’objet », a remercié le Libanais.

Fermer

Je me connecte