Tunisie : l’énigme Bensedrine, la présidente de l’Instance Vérité et Dignité

Sihem Bensedrine, la président de l’Instance Vérité et Dignité, remettant le rapport annuel de l’IVD à Rached Ghannouchi, le 27 septembre 2016. © Ennahdha Facebook

En pleine ascension, en 2014, lorsqu'elle est nommée à la tête de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), Sihem Bensedrine peine désormais à convaincre.

Militante respectable pour les uns, intrigante opportuniste pour les autres, la présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), Sihem Bensedrine, ne laisse pas de faire couler beaucoup d’encre. Journaliste puis éditrice, elle avait fait de l’opposition à l’ancien régime son cœur de métier. Membre de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), elle cofonde en 1998 le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), au grand dam du pouvoir, et obtient le soutien d’organisations internationales en tant que militante des droits de l’homme.

La fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011, conduit cette diplômée de philosophie, mère de trois enfants, à une reconversion. Forte de son parcours de militante et de l’appui politique des islamistes d’Ennahdha, elle est propulsée, en 2014, à la tête de l’IVD, chargée de déterminer les responsabilités en matière de violations des droits de l’homme de 1955 à 2013.

Mauvaise gestion de l’IVD ?

Trois ans plus tard, le processus de justice transitionnelle piétine. Le bilan de cette native de La Marsa ne convainc pas. Son caractère prend le pas sur ses convictions. Des membres de l’instance claquent la porte, dénoncent le comportement autoritaire de la présidente et sa mauvaise gestion. Les mêmes reproches que ceux formulés par les employés de Radio Kalima, une station de radio clandestine qui a obtenu une fréquence en 2012 et que Bensedrine exploite avec son époux, Omar Mestiri, avant de céder ses parts à l’homme politique Slim Riahi sans en avertir ni le personnel ni les autorités de régulation.

À 67 ans, cette fille de magistrat cumule les zones d’ombre, dont l’épisode de la maison d’édition Aloès, créée en 2000 avec un partisan de Ben Ali, ou l’accès qu’elle a eu aux documents du ministère de l’Intérieur en 2011, ou encore sa tentative de passage en force pour récupérer les archives de la présidence en 2014. Aujourd’hui, les plaignants dont les dossiers ont été acceptés par l’IVD lui demandent des comptes.

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