Législatives au Gabon : bataille finale entre partisans d’Ali Bongo Ondimba et de Jean Ping ?

Jean Ping et Ali Bongo Ondimba. © AP/SIPA - J.A.

Les opposants rêvent d’imposer une cohabitation au président à l’issue des législatives. Mais se tiendront-elles en avril, comme prévu ?

« Les élections seront organisées dans les délais. » Joint par JA, le porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilié By Nzé, ne doute pas. Comme Ali Bongo Ondimba l’avait laissé entendre le 31 décembre 2017, rien n’empêchera selon lui le scrutin législatif de se tenir en avril, conformément au calendrier de la Cour constitutionnelle. Mais de nombreux chantiers demeurent : révision des textes de loi et des listes, calendrier, mise en place du Centre gabonais des élections (CGE) et de l’Autorité de régulation de la communication, redécoupage des circonscriptions et augmentation du nombre de députés.

Bilié By Nzé affirme que le ministère de l’Intérieur a jusqu’à la fin de février pour proposer un plan d’action : « Les travaux ont débuté. Le ministère planche sur les textes et doit proposer un redécoupage des circonscriptions. » Certaines zones densément peuplées ou étendues devraient être davantage représentées. « Mais cela concerne un nombre réduit de députés, c’est faisable dans les temps », confie-t-on à la présidence. Quant aux listes électorales, elles doivent être révisées « dans le premier trimestre ».

Animosité de la vieille garde

L’opposition ne partage pas cet optimisme. « Il serait surprenant de parvenir à un redécoupage dans les douze prochains mois, estime un adversaire de la majorité. Cette question est sur la table depuis 1990. Aucune solution n’a jamais été trouvée. » Guy Nzouba-Ndama, ex-président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui président des Démocrates, est moins catégorique : « Tout est faisable s’il y a une volonté politique, mais le gouvernement a traîné les pieds. » L’important, pour lui comme pour le reste de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR), réunie autour de Jean Ping, est de tenir les délais.

« Les réformes ne doivent pas servir d’excuse pour demander un report à la Cour constitutionnelle », explique un membre de la coalition. « Légalement, il n’y a aucune obligation de procéder au redécoupage ou de créer l’Autorité de régulation de la communication ou le CGE », renchérit Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, porte-parole de la CNR. En d’autres termes, la CNR espère une confrontation dans les urnes dès avril, quitte à oublier quelques-unes des réformes promises.

Personne n’est prêt, nuance un candidat de l’opposition

Aura-t-elle lieu à la date prévue ? « Personne n’est prêt », nuance un candidat de l’opposition, qui plaide pour un scrutin en novembre ou en décembre. La CNR, qui veut pousser son rival à une cohabitation, espère éviter la dispersion de ses troupes entre ses leaders Zacharie ­Myboto, Alexandre Barro Chambrier, Jean de Dieu Moukagni Iwangou, Benoit Mouity Nzamba, Louis-Gaston Mayila et Guy ­Nzouba-Ndama.

Quant au Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), il ne semble guère plus en ordre de marche. Plusieurs des candidats pressentis (la liste n’est pas encore officialisée) font les frais de l’animosité de la vieille garde. Dans le Moyen-Ogooué, Joël Ogoumale, directeur adjoint du cabinet d’ABO, doit composer avec l’hostilité du président de l’Assemblée nationale, Richard Auguste Onouviet. Même chose à Port-Gentil pour le ministre du Budget, Jean-Fidèle Otandault, qui est contesté en interne. Enfin, l’Ogooué-Ivindo n’a pas oublié la concurrence entre Emmanuel Issoze-Ngondet, le Premier ministre, et Alain-Claude Bilié By Nzé. Une chose est sûre : rien ne sera laissé au hasard pour ces législatives, les deux camps estimant qu’il pourrait s’agir de la bataille finale dans la guerre qui oppose Ali Bongo Ondimba et Jean Ping.

Lors du dernier scrutin, en décembre 2011, le parti d’Ali Bongo Ondimba avait remporté une large victoire.

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