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Maroc : Mundiapolis à Casablanca, une usine à cadres

Par Fahd Iraqi  | 

Le secret de l’université Mundiapolis ? Partenariats avec de grandes écoles européennes, recrutement d’enseignants étrangers et accompagnement des lauréats jusqu’à leur premier emploi.

Campus Mundiapolis, dans la périphérie de Casablanca. Dans un atelier improvisé, un groupe d’élèves ingénieurs ont entrepris le montage d’un véhicule solaire. « C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis le début du semestre. Mais là, c’est le dernier virage : dans trois jours, cette monoplace roulera », lance Isaac Sonit, qui achève un cycle d’ingénierie en génie industriel. Ses études dans cette université privée marocaine créée en 2009, le jeune Congolais les a bien méritées. « Après deux années de classe préparatoire au Congo-Brazza, j’ai été sélectionné parmi 2 000 postulants aux bourses de la fondation Perspectives d’avenir », raconte-t-il fièrement. Outre la prise en charge de ses frais de scolarité (70 000 dirhams par an, soit plus de 6 000 euros), il reçoit un petit pécule pour subvenir à ses besoins quotidiens.

Une bonne centaine d’étudiants, sur les 1 200 que compte le campus, bénéficient de ce système. « Parallèlement à deux fondations avec lesquelles nous travaillons, qui sélectionnent elles-mêmes leurs propres bénéficiaires, notre conseil d’administration octroie lui aussi des bourses au mérite », explique Amine Bensaid, président de l’université. Certains disposent en outre d’appréciables avantages. C’est le cas de Nouessan Kouassi, en deuxième année de management. Sa sœur ayant débarqué d’Abidjan à la rentrée dernière, la fratrie a obtenu une réduction de 20 % sur les frais d’études. « Ce sont nos parents qui ont choisi pour nous cette université, confie la jeune femme. Ils la considèrent comme l’une des meilleures du Maroc. »

Le rôle pionnier de Mundiapolis

Il faut être compétitif, c’est essentiel dans l’enseignement supérieur privé, où la concurrence est rude. Surtout depuis l’apparition récente d’établissements multidisciplinaires à Casa, à Rabat et ailleurs. « Des écoles françaises prestigieuses comme l’Essec, EmLyon ou Paris-Dauphine s’étant récemment implantées au Maroc, les structures locales ont réagi en nouant des partenariats avec de grands établissements internationaux, allant parfois jusqu’à proposer des cursus en double ou triple diplômation », observe Youssef Ziraoui, directeur de publication de Campus Mag, qui est à l’origine du premier baromètre des grandes écoles du royaume.

De ce point de vue, Mundiapolis a joué un rôle pionnier : depuis plusieurs années, elle ne cesse de nouer des partenariats. En juillet 2017, elle a par exemple intégré le réseau panafricain Honoris United Universities. Monté par le fonds d’investissement Actis, ce réseau regroupe désormais sept établissements, dans neuf pays, qui peuvent ainsi bénéficier des synergies et du savoir-faire caractéristiques de ce type de partenariat.

Isaac Sonit, un étudiant congolais, ici à la bibliothèque de l’université. © Guillaume Mollé pour JA

Un quart de nos professeurs viennent du monde de l’entreprise

« Nous avons par exemple beaucoup profité de l’expérience des Tunisiens, qui ont une longueur d’avance sur nous dans le domaine de l’enseignement supérieur privé, notamment dans la filière santé que nous avons lancée il y a deux ans, explique le président de l’université. Nous avons également créé le premier Global Pan-African MBA avec Regent Business School, un autre membre du réseau. »

Autre atout de ce type d’universités : l’excellence de ses enseignants. « Un quart de nos professeurs viennent du monde de l’entreprise », explique Abdenasser Amana, responsable de la filière génie civil et aéronautique. La direction pédagogique joue la carte de l’international : une matière sur cinq est enseignée par un non-Marocain. Et de nombreux intervenants sont recrutés à l’étranger.

Mais au-delà de l’excellence académique, l’objectif est de permettre aux étudiants de développer des soft skills (compétences spécialisées) tout au long de leur cursus afin de réussir leur insertion professionnelle. Étudiant en dernière année d’ingénierie financière, Oussama Mellouki a par exemple monté avec ses camarades un club d’entrepreneuriat qui a favorisé la création d’une coopérative de produits cosmétiques traditionnels.

Un taux d’employabilité élevé

« Après l’avoir aidée dans la phase de création et réalisé pour elle les emballages de ses produits et son business plan, nous l’accompagnons désormais à l’exportation, grâce à nos camarades venant de pays subsahariens. Ainsi, la première commande à destination du Burkina Faso sera livrée prochainement », se réjouit Mellouki.

Issam, lui, ne se fait aucun souci pour son avenir. Le taux d’employabilité – plus de 90 % – de ses 4 000 diplômés est l’une des fiertés de Mundiapolis. Et c’est l’argument qui séduit le plus les parents, prêts à payer ce qu’il faut pour que leurs enfants échappent au chômage. Selon le Haut-Commissariat au plan, 18 % des diplômés marocains sont en effet sans emploi…

 

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