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Cet article est issu du dossier «Grand Format - Vers un autre Bénin ?»

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Politique

Grand Format Bénin – Patrice Talon a-t-il oublié sa promesse sur le mandat unique ?

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Vincent Duhem est journaliste à Jeune Afrique depuis 2012. Spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et centrale, il couvre en particulier l’actualité du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et de la Centrafrique.

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Le président du Bénin en avait fait un argument de campagne. Mais l'idée d'instaurer un mandat présidentiel unique ne semble plus être la priorité de Patrice Talon.

Nous sommes le 7 octobre, à Paris. Patrice Talon rencontre la diaspora béninoise et se prête au jeu des questions-réponses. Une voix s’élève dans la salle : « Un seul mandat sera-t-il suffisant pour mettre en place toutes ces actions dont vous nous parlez depuis deux heures et demie ? »

La réponse de celui qui avait fait de son mandat unique « une exigence morale » nécessaire à la bonne gouvernance a bien évolué depuis son accession à la magistrature suprême. Surtout depuis que le projet de réforme constitutionnelle censée instaurer ce quinquennat unique a été retoqué par le Parlement, en avril 2017.

J’aurais bien voulu que cette réforme commence par moi-même

Le chef de l’État laisse désormais planer le doute. « Je continue de penser que ce serait une bonne chose. J’aurais bien voulu que cette réforme commence par moi-même, répond-il ce jour-là à Paris. Je n’ai pas dit que je serais un mauvais président si je dois aller chercher un deuxième mandat. Mais la réforme n’ayant pas été adoptée, il n’y a pas de raison que je continue de proclamer haut et fort que, pour faire un bon mandat, il faut que je ne sois pas candidat à un deuxième. »

Et d’ajouter : « La question d’une candidature en 2021 est pour le moment indécente. Je viens de subir une opération qui me fait voir la vie autrement ; 2021 est trop loin, ce que je ferai à cet instant-là relève de mon opinion personnelle, de ma vie, de mes ambitions, de mes challenges. »

Une vaine promesse de campagne ?

Élu en mars 2016 pour cinq ans, Patrice Talon peut, conformément à la Constitution, rempiler une fois. Mais, s’il passait à l’acte, la sincérité de ses intentions initiales pourrait être remise en question. Le mandat unique n’aurait-il été qu’une vaine promesse de campagne ?


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Dans le même temps, cette nouvelle posture contraint l’opposition, arroseur arrosé, à critiquer un positionnement qu’elle a indirectement entraîné. « Tous ceux qui ont l’intention de se présenter ont désormais en face d’eux, non pas un président de la République, mais un candidat en 2021. C’est vraiment dommage qu’on en soit arrivé là », a d’ailleurs déclaré Eugène Azatassou, coordonnateur des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE).

Finalement, la morale de l’histoire pourrait bien être que, mandat unique ou non, le jeu politique reste le même. Et, surtout, qu’il ne dépend que de ceux qui l’animent de mettre le peuple au centre de leurs actions, plutôt que la préservation de leurs intérêts.

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