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Mines : Chinalco joue avec les nerfs guinéens

La minde de Simandou, objet du conflit entre Beny Steinmetz et George Soros. © Rio Tinto

S’il s’est engagé à racheter les parts de Rio Tinto sur le mont Simandou, le groupe chinois ralentit le mouvement. En attendant des jours meilleurs sur le marché du fer…

Le numéro un mondial de la production d’aluminium prend son temps. Bien qu’annoncé en octobre 2016, l’accord que Chinalco a conclu avec Rio Tinto (dont il est le premier actionnaire avec 13,1 % du capital) pour reprendre ses parts dans le mégagisement de fer guinéen du Simandou n’était toujours pas effectif à la mi-janvier 2018. Selon Nava Touré, conseiller spécial au ministère des Mines, le transfert des actions n’avait pas encore reçu l’aval conjoint de la direction de Chinalco, de son holding Chalco et des autorités chinoises.

« Pékin veut contrôler davantage les grands investissements à l’étranger, ce qui explique cette lenteur », décrypte le haut fonctionnaire, chargé de piloter les négociations avec Chinalco sur le projet de Simandou, qui nécessitera près de 20 milliards de dollars (environ 16 milliards d’euros) d’investissement et au moins cinq ans de chantier, avant le démarrage de l’exploitation des blocs cédés par Rio Tinto.

Reprise opportuniste du projet du Simandou

« Nous avons rencontré huit fois, en Chine et à Conakry, l’équipe de Bao Yu, président de Chinalco Iron Ore Holdings Limited, et les équipes de Rio Tinto partantes pour nous entendre sur les principes de l’opération. Depuis septembre 2017, la balle est dans le camp de Chinalco », indique Nava Touré, qui précise que le groupe public n’a pas de délégation permanente à Conakry et que, jusqu’à la finalisation du transfert, espérée en avril, Rio Tinto continue d’entretenir le site avec une centaine de ses salariés.

Pour Chinalco, la reprise opportuniste du projet du Simandou est en ligne avec son envie de diversifier ses activités. Mais, contrairement à Conakry, il n’est pas pressé de commencer l’exploitation. D’autant que le chinois ne devra payer à Rio Tinto un montant équivalant à 75 % de l’investissement du groupe anglo-­australien qu’au moment de l’entrée en production. Surtout, la tonne de minerai à haute densité en fer se négociait 72,50 dollars fin 2017 contre un prix régulièrement au-­dessus de 130 dollars entre 2009 et 2013.

Sur le long terme, avec un prix repartant à la hausse pour le minerai de haute qualité, il y aura nécessairement une carte à jouer pour Chinalco, analyse un économiste minier

Une stratégie qui tient aussi compte de la production actuelle des trois géants de la filière, Rio Tinto, BHP Billiton et Vale, qui rendrait pour le moment difficile la commercialisation de volumes massifs issus de Simandou. « Sur le long terme en revanche, avec un prix repartant à la hausse pour le minerai de haute qualité, il y aura nécessairement une carte à jouer pour Chinalco », analyse l’économiste minier Magnus Ericsson. Selon lui, Chinalco pourra compter sur les banques, les groupes d’infrastructures et les sidérurgistes chinois pour monter un consortium que n’arrivait pas à faire émerger Rio Tinto.

Réaliste, la Guinée s’est résignée à un important retard pour l’entrée en production de Simandou, que Rio Tinto a un temps annoncée pour 2018. D’autant que Conakry n’est pas prêt à céder au chinois l’extension gratuite de ses droits aux blocs 1 et 2, naguère détenus par l’israélien BSGR, mais repris par l’État du fait de soupçons de corruption. « Si Chinalco veut les blocs 1 et 2, il faudra qu’il gagne un appel d’offres, pas encore à l’ordre du jour », fait valoir Nava Touré.


Les deux négociateurs du Simandou

Bao Yu, président de Chinalco Iron Ore Holdings (CIOH), filiale de Chinalco, future pilote du projet du Simandou.

Nava Touré, conseiller spécial du ministère des Mines guinéen, ancien responsable de la commission d’audit des titres miniers.


Ruée vers la bauxite

Si Chinalco traîne sur Simandou, il veut aller plus vite sur la bauxite, dont on fait l’aluminium. Détentrice de près d’un tiers des réserves mondiales, la Guinée est devenue incontournable du fait des embargos de producteurs asiatiques sur ce minerai non transformé. Alors que d’autres Chinois se sont déjà positionnés dans le pays, dont son rival Shandong Weiqiao, le groupe public compte démarrer cette année l’exploitation des deux permis obtenus en 2017 à Boffa, en Guinée maritime.

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