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Cet article est issu du dossier «Grand Format - Vers un autre Bénin ?»

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Politique

Grand Format Bénin – Léonce Houngbadji : « Critiquer l’action du gouvernement est devenu un délit »

Léonce Hougbadji dirigeant politique béninois, au siège du Parti communiste Béninois à Cotonou © Jacques Torregano pour JA

Fondateur du Parti pour la libération du peuple et opposant à Patrice Talon, Léonce Houngbadji revient pour Jeune Afrique sur la présidence en cours. L'occasion pour ce fidèle de l'ancien président Boni Yayi de dénoncer ce qu'il qualifie de « dérives » du nouveau pouvoir.

Soutien de l’ancien président Boni Yayi, Léonce Houngbadji a créé le Parti pour la libération du peuple en août 2016, au moment de l’investiture du nouvel exécutif, dont il est l’un des plus farouches détracteurs.

Il joue la carte de l’opposition systématique, se pose volontiers en victime de « la dictature Talon » et a mené une campagne active contre le projet de réforme constitutionnelle, dont l’examen a été rejeté par l’Assemblée nationale en avril 2017. À 34 ans, il se dit à même d’incarner l’aspiration des jeunes générations à dépasser les clivages gauche-droite pour renouveler la classe politique.

Jeune Afrique : Quel bilan dressez-vous de la présidence de Patrice Talon ?

Léonce Houngbadji: Son élection à la tête du pays a été l’erreur du siècle. Les fortes espérances qu’elle a suscitées se sont vite évaporées dans l’air de la mal-gouvernance. Deux ans après, la déception se lit sur tous les visages. Chômage, création d’emplois, économie, santé, éducation, autonomisation des femmes, grands travaux, énergie, sécurité, promotion de l’excellence, justice, démocratie, État de droit, égalité… Sur nombre d’indicateurs clés, les résultats sont désastreux.

Deux ans après [l’élection de Patrice Talon], la déception se lit sur tous les visages

À la mi-décembre, l’exécutif a pourtant reçu le satisfecit du FMI pour ses réformes structurelles et ses efforts en matière d’assainissement des finances publiques…

C’est de la propagande pure et simple. Le FMI ne soigne que des pays malades en leur prescrivant des réformes douloureuses et souvent inefficaces. Notre déficit budgétaire serait passé de 7 % en 2016 à 12,4 % fin 2017, selon les données de la BAD, sans que l’on puisse expliquer cette aggravation et sans que cela chatouille le FMI. Selon les statistiques de la BCEAO en août 2017, avec un taux actuellement de 3,5 %, le Bénin est le seul pays de l’Uemoa dont le taux d’inflation est supérieur à la norme régionale [3 %], ce qui a encore percé davantage le panier de la ménagère, déjà bien vide.

Vous dénoncez un recul de la démocratie. Sur quoi vous fondez-vous ?

Aujourd’hui, critiquer l’action gouvernementale devient un délit sévèrement sanctionné. Soit le pouvoir vous met en arrêt de rigueur jusqu’à soixante jours, suivis de trois mois sans salaire et vous radie de la fonction publique (c’est ce qui est arrivé au capitaine Patrice Trèkpo, le secrétaire général du Syndicat des eaux, forêts et chasse, révoqué en décembre), soit il vous jette en prison sur la base de montages grossiers.

Des mesures urgentes exceptionnelles sont prises pour restreindre les libertés individuelles


>>> À LIRE – Bénin – Guy Dossou Mitokpè : « Avec Talon, c’est le retour des vieux démons »


Depuis le 6 avril 2016, des mesures urgentes exceptionnelles sont prises pour restreindre les libertés individuelles : perquisitions, comme celles des domiciles du maire de Cotonou, Léhady Soglo, ou de Laurent Mètongnon [ex-président du conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale], interdiction du sit-in des journalistes dans les locaux de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication pour protester contre la fermeture d’une dizaine d’organes de presse ou encore le piratage de radios privées et de sites internet.


L’opposition est-elle divisée ?

Au contraire, elle s’organise ! Nous avons crée le Front pour le sursaut patriotique [en mars 2017], qui réunit 31 forces politiques, syndicales et sociales. Nous travaillons avec une vingtaine de députés patriotes, nos acquis sont concrets – comme l’échec de la révision de la Constitution, et le pouvoir ne parvient pas à nous déstabiliser parce que nous sommes tous soudés.

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