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Cet article est issu du dossier «Mines : quelles ambitions pour 2018 ?»

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Deshnee Naidoo : « le déficit de zinc va persister cette année »

Deshnee Naidoo, Directrice générale, Vedanta Zinc International. © Vedanta Zinc.

Avec l’urbanisation des pays émergents, les appétits pour ce métal s’aiguisent. Vedanta Zinc International, numéro deux mondial du secteur derrière Glencore, mise sur la mine de Gamsberg, en Afrique du Sud, pour augmenter sa production.

Métal peu connu, abandonné par le géant Anglo American en 2010 dans le cadre d’une cession d’actifs, le zinc refait parler de lui. Son cours s’est envolé, passant de 2 610,50 dollars la tonne le 10 janvier 2017 à 3 391 dollars le 9 janvier 2018. Soixante pour cent de la consommation de zinc, dont Glencore est le premier producteur mondial, est destinée à un usage anticorrosion pour les structures d’acier et les industries automobile et ferroviaire.

Dopée par l’urbanisation des pays émergents et leur basculement vers des sociétés de consommation (synonymes d’achat de voitures, d’électroménager…), la demande mondiale n’a cessé de grimper, de 280 000 à 560 000 t par an (+ 2 % à 4 %). Le cabinet Wood Mackenzie prédit même des prix de 3 854 dollars la tonne en 2018 et 4 025 dollars en 2019.

Aussi les appétits s’aiguisent-ils autour du métal, notamment en RD Congo, sur le gisement de Kipushi. Mais, cette année, c’est le numéro deux mondial, l’indien Vedanta, qui fera l’actualité avec la mise en production de la mine de Gamsberg, en Afrique du Sud, héritée d’Anglo American il y a sept ans. Directrice générale de Vedanta Zinc International (334 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2016, 11,5 milliards de dollars pour la maison mère en 2017), Deshnee Naidoo répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Selon vous, pourquoi le prix du zinc bat-il actuellement des records ?

Deshnee Naidoo : Contrairement à celle d’autres métaux dont le cours monte en raison de la hausse de la demande, l’offre de zinc est structurellement limitée. Peu de majors travaillent dans le zinc. Rio Tinto, BHP Billiton, Anglo American n’y sont pas, ou n’y sont plus. Aussi, n’y a-t-il pas énormément de projets en cours. Quand les mines de zinc ont commencé à fermer, en 2015-2016, en Irlande ou en Australie, la pression s’est fait sentir du côté de l’offre. À cette époque, on a perdu environ 700 000 t de capacité au niveau de l’offre mondiale, pour un marché du zinc évalué à 14 millions de tonnes. La fermeture de ces mines a créé une relative pénurie, et le prix s’est envolé. D’autant que la mise en valeur du métal nécessite d’importants moyens financiers. Environ 50 % de la production mondiale est réalisée en Chine.

Le cours du zinc a commencé à chuter à la mi-2015, les opérateurs ont alors procédé à des fermetures progressives de leurs unités

Mais, aujourd’hui, il manque toujours 700 000 t sur le marché mondial ?

Pour juger de l’état du marché, on regarde à la fois les volumes vendus et les capacités de production mises à l’arrêt. Le cours du zinc a commencé à chuter à la mi-2015, les opérateurs ont alors procédé à des fermetures progressives de leurs unités. Cela s’est ressenti au niveau des stocks mondiaux du métal, qui affichent leur niveau le plus bas depuis dix ans. On note un déficit de 200 000 à 300 000 t entre janvier et août 2017. Mais, depuis les douze derniers mois, les producteurs ont commencé à relancer leurs mines, en particulier Glencore.

Aviez-vous anticipé la pénurie sur le marché du zinc ?

Au Rajasthan [Inde], Vedanta génère plus de 1 million de tonnes de produits raffinés. Si on regarde les chiffres de production de Glencore, on tourne autour de 1,3 à 1,4 t par an. Vedanta se place juste derrière, en deuxième position. Nous avions anticipé le déficit actuel. Notre propriétaire [Anil Agarwal] était très optimiste concernant le zinc dès la fin des années 1990 et le début des années 2000. Aussi, quand l’opportunité Anglo American s’est présentée, en 2010, il a saisi l’occasion de s’emparer de ses actifs en Namibie (Skorpion) et en Afrique du Sud (Black Mountain/Gamsberg). Vedanta a pu doper par ce biais sa capacité de production et, surtout, se diversifier, en Afrique.

Nous avons investi dans l’exploration de nos actifs existants afin d’étendre leur durée de vie

La concurrence du canadien Trevali Mining Corporation ne se fait-elle pas sentir ?

Trevali sort des volumes bien moins importants que les nôtres. Après le Canada, ils sont arrivés en Afrique l’année dernière à la suite de l’acquisition des actifs burkinabè [Perkoa] et namibiens [Rosh Pina] de Glencore, qui au demeurant détient des parts de leur capital (25 %) et achète leur production. Concernant le projet Kipushi, d’Ivanhoe Mines, c’est un gisement d’une teneur exceptionnelle, mais la ressource n’est pas très importante, et il leur faut trouver un partenaire pour développer le projet.

Comptez-vous mettre en valeur vos propres actifs en interne ?

Nous suivons une stratégie de croissance organique. Nous avons investi davantage dans l’exploration de nos actifs existants afin d’étendre leur durée de vie. Gamsberg, notre projet phare en Afrique du Sud, qui doit prendre le relais de Black Mountain, va ainsi faire passer le potentiel annuel de 250 000 t à 400 000 t en trois à cinq ans.

L’entrée en service de Gamsberg coïncidera donc toujours avec un manque de zinc sur le marché mondial ?

Absolument. L’International Lead and Zinc Study Group anticipe un déficit en 2018, aussi nous travaillons dur pour que ce projet entre en production au milieu de cette année, comme prévu, afin de toujours pouvoir combler un déficit de l’offre.

Pour Skorpion, nous avons décidé de vendre directement les concentrés, compte tenu de la tension sur le ­marché

Pourquoi ce gisement n’a-t-il jamais été exploité depuis quarante ans ?

Gamsberg dispose d’une importante ressource (240 millions de tonnes) ; sa concentration en zinc est faible (6 % à 6,5 % Zn) mais fiable. Ce projet nécessite beaucoup de capitaux. Il ne figurait pas dans les priorités d’Anglo American à l’époque. Mais dès que l’actif est passé sous le contrôle de Vedanta, nous nous sommes fixé comme objectif de le valoriser. Nous avons privilégié une approche par phases. Ainsi, au lieu de déployer d’entrée de jeu une capacité de traitement de 10 millions de tonnes par an de minerai brut pour une production de 400 000 t de métal contenu en concentrés, nous avons opté dans un premier temps pour 4 millions de tonnes, pour un rendement de 250 000 t.

Concernant l’étape du raffinage et la production de lingots de zinc, votre raffinerie de Skorpion, en Namibie, réclame pourtant une remise à niveau ?

À l’origine, il était prévu de convertir la raffinerie de Skorpion, moyennant 160 à 180 millions de dollars, pour traiter le minerai en provenance de Gamsberg. Mais, entre-temps, la durée de vie de la mine de Skorpion a été rallongée de trois années et demie, et le projet de mise à niveau de la raffinerie, suspendu (en attendant l’épuisement de la mine). D’autant que les frais de raffinage sont actuellement à des niveaux très bas en raison de la pénurie de zinc, ce qui ne rend pas rentable cette ultime étape de traitement. Nous avons décidé dans l’immédiat de vendre directement les concentrés, compte tenu de la tension sur le ­marché.


Ivanhoe Mines et Glencore affûtent leurs ambitions

La société de l’emblématique Américano-Canadien Robert Friedland, Ivanhoe Mines, a bouclé le 13 décembre 2017 une étude de préfaisabilité pour l’exploitation (à 225 000 tonnes par an de concentrés), sous deux ans, du gisement Big Zinc Zone de Kipushi, en RD Congo.

En août 2017, c’est Glencore qui concluait la cession de ses actifs africains de zinc, de tailles plus modestes (Perkoa, au Burkina Faso, et Rosh Pina, en Namibie), à Trevali Mining, afin de mieux les valoriser. Si la taille des réserves de Trevali ne le place pas (encore) dans la cour des grands, son potentiel d’exploration est prometteur, et les perspectives de marché sont florissantes.

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