Oppositions en exil, le temps des brutes ?

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Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement d’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne pour les Grands reportages et les coulisses de la politique.

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Image d'une opération menée par des opposants gabonais à Paris, visant le beau-père d'Ali Bongo Ondima et Crépin Gwodock, en juin 2017. © Capture d'écran Youtube

Les opérations menées par des opposants de la diaspora, en exil forcé ou non, sont-elles légitimes ? Le point de vue de Georges Dougueli.

La haine, la violence et la bêtise. Il faut regarder en face ce honteux triptyque qui rogne chaque jour davantage la crédibilité des oppositions « diasporiques » d’Afrique subsaharienne. Issus des deux Congos, du Cameroun, du Gabon, du Togo ou de Côte d’Ivoire, ils traquent les décideurs de passage.

Ça commence par des huées dans des terminaux d’aéroport ou sur les trottoirs des hôtels où descendent les délégations ciblées, avant de passer au harcèlement de rue, voire à l’agression physique. Sous l’objectif de leur smartphone, ils immortalisent leurs « exploits » agrémentés de commentaires à la fois narcissiques, jubilatoires et simplistes. La curée se poursuit sur les réseaux sociaux, où la foule haineuse « termine » l’entreprise de démolition.

Mission sacrée de défense

Ces fantassins de halls d’hôtel considèrent que tous les gouvernants de leurs pays d’origine sont « pourris », qu’ils « affament et tuent le peuple ». Travaillés par toutes sortes de pulsions, leurs comités d’accueil, peu avenants, se sentent investis d’une mission sacrée de défense – sans mandat – d’un peuple qui n’a rien demandé.

Pourquoi se donner le mal de distinguer le bon grain de l’ivraie ? Ils ont donc inventé un principe de responsabilité collective. Sans procès contradictoire, ils jugent, condamnent et se chargent d’infliger eux-mêmes le châtiment aux « ennemis du peuple ». Selon un gabonisme inventé par des « résistants » qui coursent ministres et dignitaires séjournant à Paris, on « gaspille » d’abord et on réfléchit ensuite.

Dans leur vision étriquée, le champ politique se divise entre ceux qui veulent le changement et les partisans du statu quo. Entre ces deux catégories, il n’existe qu’un espace réduit que tentent d’occuper, à leurs risques et périls, des modérés. Candidat déclaré à la prochaine présidentielle en RD Congo, l’opposant Moïse Katumbi a été malmené le 14 janvier à Bruxelles par des agitateurs qui le soupçonnaient du crime suprême : « négocier » avec Joseph Kabila.

Résister à la corruption et au tribalisme

Le passage à tabac de ministres en mission est une idée sortie des laboratoires londoniens des « combattants » de RD Congo. Alors directeur de cabinet de feu Laurent-Désiré Kabila, Léonard She Okitundu en sera la première victime le 13 octobre 2006 à Londres. Bruxelles, Paris… La traque s’étend sans bénéfice politique avéré.

Reste le plaisir pervers de casser la figure au président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo, sur un quai de la gare du Nord, à Paris. Et de bomber le torse pour avoir réussi à interdire le spectacle en Europe de stars de la musique de leur pays jugées, à tort ou à raison, proches du régime Kabila.

Ayant eux aussi le goût des actions d’éclat, les agités de l’autre rive du Congo ont essayé et adopté « l’opposition coup-de-poing », non sans inventivité. En juin 2016, des têtes brûlées ont attaqué l’ambassade du Congo-Brazzaville à la voiture bélier et au cocktail Molotov.

La haine n’est pas un projet politique

Toute cette violence, sur un sol étranger, n’est plus tolérable, fût-elle exercée à l’encontre des « suppôts » de potentats africains de passage. Ces brutalités ne peuvent plus continuer, même quand elles visent des personnages parfois ô combien détestables, qui font eux-mêmes peu de cas des libertés individuelles, lorsqu’ils sont tout-puissants au pays.

La haine n’est pas un projet politique. Harceler et importuner les clients d’un café parisien qui a le malheur d’accueillir le père de la première dame du Gabon ne sert aucune cause, bien au contraire. Ce comportement exaspère les populations du pays d’accueil, qui ne veulent pas d’une guerre civile importée sous leurs fenêtres. Quitte à combattre la dictature par les armes, autant suivre l’exemple du Front patriotique rwandais de Paul Kagame, créé par des exilés décidés à en finir avec le régime de Juvénal Habyarimana.

Pourtant, de Gandhi à Mandela, l’histoire des mouvements non violents nous enseigne qu’il est possible de se débarrasser de régimes qui s’imposent par la force et les élections truquées. À condition de résister à la corruption et au tribalisme, notamment. Reste à nos opposants de l’étranger, ces spécialistes du déni, d’oser l’autocritique.

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