Grand format Bénin : les freins au redécollage

A Cotonou, en novembre 2017. © Jacques Torregano pour JA

L'arrivée au pouvoir de Patrice Talon continue de susciter de nombreuses attentes, à la fois sociales et économiques. Si les bases d'un redémarrage sont là, que les comptes publics s'améliorent et que la croissance s'accélère, pesanteurs administratives et corruption compliquent la vie des entrepreneurs.

Patrice Talon a parfaitement résumé la situation économique de son pays. Le 11 décembre 2017, en présence de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, le président a déclaré : « La situation demeure difficile, et nos compatriotes sont légitimement impatients parce que l’arbre de la renaissance ne porte pas encore de fruits. Mais la floraison est bien là. »

« La floraison est là »

Reprenons les termes de son diagnostic. « La floraison est bien là. » C’est exact. Les bonnes récoltes du coton se confirment avec quelque 500 000 tonnes de coton-graine en 2017 contre 260 000 en 2015. L’économie nigériane, dont dépend 20 % du PIB béninois, se redresse lentement. Le Programme d’actions du gouvernement et ses 45 projets phares commencent à produire leurs bienfaits, notamment dans le BTP.

La croissance s’est donc accélérée (voir tableau de bord). Du coup, le revenu moyen des Béninois s’améliore timidement. Après le creux de 786 dollars par habitant en 2015, il est remonté à 833 dollars (695 euros) en 2017. Le gouvernement a pu sans trop de casse redresser la situation budgétaire que son prédécesseur avait laissée dériver pour cause de présidentielle en 2016. Il a taillé dans les projets et rationalisé les procédures.

Par exemple, le paiement sur comptes bancaires des salaires des fonctionnaires, des créances publiques et des bourses a permis d’économiser 100 milliards de F CFA (152,45 millions d’euros), selon Romuald Wadagni, ministre des Finances. Le déficit budgétaire, qui a connu un pic à 8 % du PIB en 2015, a pu être ramené à 6,1 % en 2017, et le gouvernement espère le réduire à 4,5 % en 2018, et à 1,8 % en 2019.

La situation demeure difficile

« La situation demeure difficile. » Effectivement, malgré une frénésie de réformes, les maux archiconnus du Bénin sont toujours là. Quelque 40 % de la population vivait ­au-­dessous du seuil de pauvreté en 2015, et ce pourcentage n’a guère baissé.

L’hypertrophie du secteur informel, qui emploie 90 % de la population active selon la Banque mondiale, aggrave les inégalités en privant l’État des ressources fiscales nécessaires. L’économie dépend toujours des aléas météorologiques et financiers du coton (80 % des exportations et 60 % du tissu industriel). Les investissements étrangers souhaités pour diversifier l’industrie agricole et accélérer la mise à niveau des infrastructures continuent de se faire attendre.


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Mauvais pilotage

Les pesanteurs administratives et la corruption compliquent la vie des entrepreneurs, comme le prouve la mauvaise place du Bénin au classement « Doing Business » 2018 de la Banque mondiale sur le climat des affaires, où le pays pointe encore au 151e rang. En décembre, Christine Lagarde a souligné l’un des défauts béninois : le mauvais pilotage des projets publics.

« Nous estimons que le Bénin pourrait augmenter l’efficacité de ses investissements de 55 % en moyenne, avec le même montant investi, en améliorant la gouvernance de ses projets d’infrastructures », a-t-elle déclaré. C’est énorme, car cela veut dire que les nouveaux kilomètres de routes, par exemple, pourraient être augmentés de moitié avec le même budget !

« Nos compatriotes demeurent légitimement impatients. » Le lent redémarrage de l’économie et les fortes attentes suscitées par l’élection de Patrice Talon rendent les Béninois très impatients. L’amélioration de la distribution électrique ou la hausse des prix inférieure à 1 % ne les satisfont guère.

Pas plus que le taux de croissance les nouvelles routes « ne se mangent». Le président devra prendre garde que la grogne née de cette impatience ne se fixe sur ses possibles conflits d’intérêts dans la filière coton et au port de Cotonou, les deux piliers de l’économie nationale, où il détient à titre privé des positions stratégiques.

© Infographie JA

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