Libye : sur quels pays peut compter Khalifa Haftar ?

Le Général Khalifa Haftar, le 25 avril 2011. © Magharebia/CC/Flickr

La cartographie des États qui soutiennent l’action de Khalifa Haftar et de ceux qu’il considère comme ennemis recoupe celle du dernier damier géopolitique arabe partagé entre les capitales anti-Frères musulmans et celles réputées les soutenir.

Le maréchal et ses partisans vouent aux gémonies le Soudan, le Qatar et la Turquie, dont les soutiens à des entités islamistes ou au gouvernement Sarraj sont lus comme la volonté de livrer la Libye aux Frères musulmans. Logiquement, le maître de Benghazi trouve ses meilleurs alliés parmi les plus grands ennemis de la confrérie : l’Égypte, les Émirats arabes unis et, dans une moindre mesure, l’Arabie saoudite.

« L’initiative de ce soutien vient bien plus du fait que ces trois États contre-révolutionnaires recherchent ce genre de figures dans la région que de l’attraction que sa personne et ses actes exercent. Il traverse d’ailleurs une période de froid avec l’Égypte, mécontente de l’éternisation du siège des jihadistes de Derna, à sa frontière », modère le chercheur Jalel Harchaoui.

Qui pour le soutenir ?

En Afrique, Haftar compte bien plus sur les Tchadiens, dont il est proche depuis trois décennies, et sur l’armée efficace d’Idriss Déby Itno que sur les États affaiblis aux chefs fragiles que sont le Niger et le Mali. Voisine de la Libye à l’ouest, l’Algérie est vue comme hostile en Cyrénaïque, malgré sa posture balancée. « L’Algérie, pragmatique, a de bonnes raisons de ménager les groupes voisins de sa frontière, tout comme l’Italie, qui fait face à la Tripolitaine. Mais Haftar attend un soutien sans réserve, une carte blanche sur le modèle des EAU que Rome ou Alger lui refusent car une opération militaire de Haftar dans l’Ouest pourrait amener le chaos à leurs portes », explique Harchaoui.

En Occident, le maréchal avait conspué le Parti démocrate (entendons Barack Obama), accusé de soutenir les Frères musulmans, et s’est félicité de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Mais le soutien de celui-ci, très à l’écart de la scène libyenne, ne lui est pas acquis.

Ces deux dernières années, le militaire, visitant Moscou et invité en grande cérémonie à bord du Kouznetsov, le porte-avions russe, en janvier 2017, avait misé sur le soutien de Poutine. « Les approches russes auraient dû être lues dans le cadre de la rivalité avec l’Occident en Méditerranée, des pressions pour que Moscou ait les mains libres en Syrie », confie un fonctionnaire à Benghazi. Aujourd’hui, le maître de Benghazi attend beaucoup du Français Emmanuel Macron et de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dont le soutien est jugé sans ambiguïté comparé à celui de l’administration Hollande. Une interprétation qui ne convainc pas tout le monde à Paris.

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