Économie

Cameroun : l’art du rebond

Le port de la capitale économique du Cameroun, Douala. © Steve Mvondo by Wikimedia Commons

Le Cameroun a engagé des actions pour essayer de garder son économie à flot. Néanmoins, les enjeux de l'année à venir, notamment électoraux, constituent des facteurs d'instabilité à surveiller.

Le 3 octobre, le deuxième pont sur la rivière Wouri, à Douala, a été partiellement ouvert à la circulation. Le 31 décembre, il suppléera définitivement le vieux pont qui constitue l’unique lien entre les entreprises de la zone industrielle de Bonabéri et le port de la capitale économique camerounaise. Plus au sud, le premier porte-conteneurs a accosté au terminal de Kribi le 5 décembre, comme s’y était engagé en juillet le consortium constitué par Bolloré, CMA-CGM et China Harbour Engineering Company.

Ces deux infrastructures font partie des grands projets de première génération que le Cameroun réceptionne progressivement. Enfin ! Le mouvement devrait s’amplifier en 2018 avec l’achèvement des barrages de Lom Pangar, Memve’ele et Mekin. Les récents oukases d’Ahmad, le président de la CAF, menaçant le Cameroun du retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations de 2019, ont sorti les autorités de leur inertie et donné un coup d’accélérateur à la construction des stades ainsi qu’à la réhabilitation d’ouvrages divers, hôtels, routes ou hôpitaux.

Émergence 2035

En 2018, le plan d’urgence triennal mis en œuvre par les pouvoirs publics arrivera à son terme, et avec lui les travaux engagés pour rattraper le retard pris dans l’exécution de l’actuel plan décennal, première étape devant mener à l’émergence en 2035. Autant de réalisations qui devraient, dès 2018, inverser le déclin de la courbe de la croissance entamé il y a trois ans. Le FMI attend une hausse de 4,6 %, après les 4 % enregistrés en 2017.

Bien que subissant le choc économique découlant de la chute des prix des matières premières, le Cameroun se montre plus résilient que les autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). « Le poids du pétrole dans l’économie et le rôle de la commande publique dans la circulation monétaire sont moindres. Ces deux piliers ont été particulièrement ébranlés ces trois dernières années dans les autres pays de la zone. Il est donc compréhensible que le Cameroun s’en sorte mieux », observe Emmanuel Leroueil, qui était alors directeur du cabinet Performances pour l’Afrique centrale (un poste qu’il a quitté le 1er janvier dernier).

Pour redresser ses comptes, le Cameroun a conclu le 26 juin une facilité élargie de crédit (FEC) avec les institutions de Bretton Woods pour un montant de 666,2 millions de dollars, soit environ 595 millions d’euros.

Cinq élections en 2018

Si la situation militaire contre la secte Boko Haram, dans le Nord, et l’afflux de réfugiés qui en découle semblent aujourd’hui maîtrisés, la mise en œuvre des réformes risque toutefois de se heurter à la montée de l’insécurité dans les deux régions anglophones.

Et un calendrier politique aussi chargé que contraignant pour les finances de l’État pointe à l’horizon : cinq élections vont être organisées en 2018, dont une présidentielle lourde d’incertitudes. « Le Cameroun s’oriente vers une période de transition très délicate. Les cartes ont de fortes chances d’être totalement rebattues dans les prochains mois », prédit Emmanuel Leroueil.

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