Étonnante année 2017

par

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Mohammed bin Salman roi d'Arabie Saoudite et Xi Jinping, le "presque empereur" chinois, lors d'un sommet du G20 en septembre 2016. © Ng Han Guan/AP/SIPA

L’année 2017 tire à sa fin et, si j’en crois les messages qui me parviennent, nous nous posons presque tous la même question : quelles sont les évolutions qui nous ont le plus étonnés au cours de l’année qui s’achève ?

1) La Chine d’abord. Elle a « couronné », en octobre, le chef du parti communiste, Xi Jinping, lequel s’achemine tout doucement vers un statut d’empereur, comparable à celui qu’avait Mao Zedong il y a cinquante ans.

Plus près de nous, une monarchie médiévale, qui est, sur presque tous les plans, le contraire de la Chine : l’Arabie saoudite. Nous avons vu un jeune prince y devenir, en 2017, héritier du trône et, dans la foulée, accaparer en quelques semaines tous les pouvoirs. Comparée à l’Arabie saoudite, où Mohammed Ibn Salman exerce dans tous les sens du terme une vraie dictature, la Chine apparaît comme une quasi-démocratie, bien que Xi Jinping et son parti détiennent d’immenses pouvoirs.

 Les islamistes et les communistes du monde entier ont tous une prédilection pour les régimes à dominante masculine

Mais les deux pays et les deux régimes, aussi dissemblables soient-ils, ont un point commun qui crève les yeux et dont, à mon étonnement, les médias n’ont guère parlé. Leur dénominateur commun est qu’il n’y a pas une seule femme au sommet du pouvoir ou près d’y parvenir. Dans les sphères dirigeantes de ces États, nous ne voyons que des hommes.

C’est frappant, mais, à la réflexion, j’observe que les islamistes et les communistes du monde entier ont tous une prédilection pour les régimes à dominante masculine ou même exclusivement masculins. Au XXIe siècle, où les femmes occupent une place de choix dans les universités, s’affirment les égales des hommes, voire la meilleure moitié de l’humanité, leur exclusion des cercles dirigeants communistes et islamistes est une anomalie.

2) 2017 aura été une année noire pour les milliardaires.

Dans tous les pays et sur les cinq continents, ils sont plus nombreux et encore plus riches qu’en 2016. Une enquête du Crédit suisse, que j’ai citée dans La Revue (n° 75), nous apprend qu’en un an, du 1er juillet 2016 au 30 juin 2017, on a dénombré 2 300 000 millionnaires (en dollars) de plus dans le monde, dont près de la moitié aux États-Unis, plus de 600 000 dans la zone euro et 200 000 en Chine et en Inde réunies.

Parmi eux, plusieurs milliers de milliardaires. Question : ceux-ci sont-ils invulnérables pour autant ? Les derniers mois de 2017 ont montré qu’ils pouvaient s’attirer les foudres et devenir la cible de plus puissants qu’eux : les responsables politiques.

Ceux qui détiennent le pouvoir politique prennent le pas sur les milliardaires

La femme la plus riche d’Afrique, Isabel dos Santos, nommée il y a quelques mois par son père à la tête de Sonangol, la société pétrolière de l’Angola, a été rayée d’un trait de plume sans préavis par le nouveau président du pays, João Lourenço. Il avait pourtant été choisi par l’ancien président pour le protéger ainsi que sa famille…

Quant au jeune dictateur de l’Arabie saoudite cité plus haut, il a rassemblé dans un hôtel-prison de sa capitale deux cents de ses compatriotes milliardaires. Il les a assignés à résidence parce qu’ils ont, selon la formule de Donald Trump, « trop longtemps considéré leur pays comme une vache à lait ». De son propre aveu, le prince héritier leur a soutiré 100 milliards de dollars avant de les libérer un à un. On espère que ce montant colossal sera versé au budget de l’État. Mais rien n’est moins sûr.

Le nouveau président angolais, João Lourenço n’a pas hésité à écarter la fille d’Eduardo Dos Santos. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Le doute n’est pas permis : qu’ils aient un train de vie modeste ou qu’ils se soient enrichis, ceux qui détiennent le pouvoir politique prennent le pas sur les milliardaires, fussent-ils immensément fortunés. Souvenez-vous de Vladimir Poutine. Il n’a pas hésité, au début de son règne, à faire arrêter Mikhaïl Khodorkovski, l’oligarque le plus riche de Russie, et à le maintenir dix ans en détention.

Sont-ils mieux protégés dans les pays démocratiques, où la loi et les droits de l’homme sont davantage respectés ? Oui, mais ils ne sont pas pour autant invulnérables, raison pour laquelle ils veillent à être « du côté du manche », c’est-à-dire en bons termes avec les pouvoirs politiques.

3) Daesh n’a plus de territoire, ni en Syrie, ni en Irak, ni nulle part ailleurs.

« L’État islamique » a été chassé de Mossoul et de Raqqa, et le califat proclamé il y a trois ans a disparu corps et biens après avoir semé la terreur dans le monde entier et ligué contre lui la terre entière. Mais nul parmi ceux qui se glorifient d’avoir détruit ce pseudo-État ne nous a dit ce que sont devenus les chefs de Daesh, et à leur tête le « calife » autoproclamé, Abou Bakr al-Baghdadi. Ils n’ont été ni capturés ni éliminés ; ils ne se sont pas suicidés. Alors, où sont-ils ? Se trouve-t-il quelqu’un qui le sache, et, si oui, pourquoi ne le dit-il pas ?

4) Nul ne sait si nous sommes en guerre ou en paix, si les guerres circonscrites à quelques pays de l’ex-Tiers Monde vont prendre fin ou s’intensifier.

Alors on s’arme. Le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), qui fait autorité en la matière, nous a appris, le 11 décembre, que les ventes d’armes entre États se sont élevées, en 2016, à la somme astronomique de 374,8 milliards de dollars. Soit une augmentation de 38 % au cours de ces quatorze dernières années. Après un quinquennat de stagnation, la hausse a repris en 2016 et se confirmera sans doute en 2017.

Avec près de 60 % des ventes totales, les États-Unis se taillent la part du lion. Loin derrière eux, la Russie arrive au deuxième rang avec 23 % des armes vendues ; un nouveau venu, la Corée du Sud, se place parmi les autres grands. Une comparaison cruelle vient à l’esprit : avec 140 milliards de dollars par an, l’aide publique des pays riches aux pays sous-développés n’atteint même pas la moitié de cette somme.

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