Algérie : l’économie à la recherche d’équilibre

Ahmed Ouyahia, Premier ministre de l'Algérie. © Paul Schemm/AP/SIPA

L'économie algérienne est en plein crise. Les réserves du pays fondent et la stratégie du gouvernement algérien est risquée. Il doit absolument diversifier son économie afin de retrouver l'équilibre.

Comment sortir du système de rente qui obère l’avenir de l’Algérie ? Il y a urgence à diversifier l’économie tant la crise qui affecte le pays depuis le choc pétrolier de 2014 continue de se faire sentir, et les indicateurs économiques attendus pour 2018 confirment cette vulnérabilité. Quasi stratosphérique, la facture des importations va encore lourdement peser sur les finances publiques. L’enveloppe ne doit pas dépasser les 30 milliards de dollars (environ 25 milliards d’euros) pour 2018, contre 41 milliards en 2017, selon les objectifs du gouvernement qui a instauré des mesures restrictives (licences d’importations notamment).

C’est que les réserves du pays fondent à un rythme inquiétant pour une économie pratiquement à l’arrêt. Les bailleurs de fonds annoncent que la croissance ne dépassera pas 0,8 % en 2018, quand les autorités algériennes tablaient sur 4 %. Et l’embellie du cours du baril, repassé au-dessus de 50 dollars, ne suffira pas à rééquilibrer les comptes. Le déficit budgétaire devrait se situer autour de 15 milliards de dollars malgré les 35 milliards de recettes en devises attendues.

Sur le million de PME que comptait le pays en 2016, 35 000 ont fermé leurs portes

Aucun équilibre n’est espéré avant cinq ans, délai fixé par les pouvoirs publics, notamment en faisant tourner la planche à billets. Avec le risque de faire repartir une inflation à  peine contenue, dont les effets ne manqueraient pas de se faire sentir auprès de la population. Le taux de chômage dépasse toujours 10 % et reste élevé chez les jeunes (27 %) et les femmes (20 %). Sur le million de PME que comptait le pays en 2016, 35 000 ont fermé leurs portes.

Programme de réformes

Si les cours du pétrole repartent à la baisse et que le gouvernement n’arrive pas à diminuer la facture des importations, l’économie algérienne sera en grande difficulté. Le pays ne dispose plus de l’épargne amassée durant les années fastes dans le Fonds de régulation des recettes (FRR), aujourd’hui presque épuisé, alors que les réserves de change, qui assurent les importations, perdent 1,5 milliard de dollars chaque mois. De 194 milliards début 2014, elles sont passées à 102 milliards en septembre 2017 et pourraient s’établir, d’après les chiffres du gouvernement, à 85,2 milliards fin 2018, soit l’équivalent de 18,8 mois d’importations.

Les dirigeants connaissent pourtant la formule qui permettrait de relancer l’économie. Et le FMI n’hésite pas à marteler ses recommandations : rééquilibrage budgétaire, renforcement des finances publiques et maîtrise des dépenses de l’État, accroissement des recettes hors hydrocarbures, réduction des subventions… Le programme de réformes est aussi grand que le potentiel économique de l’Algérie lui-même.

Le gouvernement doit également redonner confiance au secteur privé, sans lequel le pays ne pourra pas développer les infrastructures dont il a tant besoin. Vaste chantier en perspective, alors que l’Algérie vient de perdre 10 places dans le classement « Doing Business » de 2018, qui la classe en 166e position sur 190 pays.

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