Politique

Maroc : l’incontournable général Hosni Benslimane mis au repos

Le général Hosni Benslimane © DR

Le roi Mohammed VI met à la retraite l’inoxydable patron de la gendarmerie royale marocaine, militaire le plus gradé du pays mais aussi l’un des symboles sécuritaires de l’ère Hassan II.

Après soixante ans de carrière dans les forces armées royales (FAR), à la création desquelles il a assisté, près de quarante-cinq ans passés à la tête de la gendarmerie royale, le corps d’armée le plus puissant du Maroc, l’infatigable général Hosni Benslimane raccroche ses galons. Dix jours avant son 82e anniversaire, le militaire le plus gradé du royaume a été mis à la retraite par Mohammed VI, non sans avoir reçu une ultime décoration honorifique : le Grand Cordon du Ouissam Al Arch et les remerciements de circonstance pour « services rendus à la nation ».

Hosni Benslimane a été de toutes les grandes guerres qu’a menées le Maroc depuis son indépendance : défense de l’intégrité territoriale, sûreté et ordre public, lutte contre le trafic de drogue, la contrebande et même le terrorisme. L’homme a gagné ses éperons auprès de Hassan II, au lendemain du coup d’État raté de 1971. Alors gouverneur de Tanger, il avait ordonné la diffusion de messages de soutien à la monarchie sur l’antenne régionale de la radio marocaine, dont le siège, à Rabat, avait été investi par les mutins.

Une longue carrière militaire

Quelques mois plus tard, celui qui a fait partie de la première promotion des officiers marocains formée à l’école militaire de Saint-Cyr, en France, remet l’uniforme pour prendre le commandement de la gendarmerie royale. C’est la fin d’une parenthèse, sa carrière civile, qui a été, elle aussi, liée au domaine sécuritaire : il a été nommé successivement commandant de la compagnie mobile d’intervention en 1965, directeur général adjoint de la Sûreté nationale en 1967, puis gouverneur.

L’influence de Hosni Benslimane s’étendait jusqu’aux terrains de sport

Homme à poigne craint pour son autorité, Hosni Benslimane restructure la plupart des unités militaires et fait de la gendarmerie royale un corps d’élite : les effectifs sont triplés sous son mandat, avec un budget de plus en plus important pour équiper ses hommes en matériel de pointe. Au fil des ans, la gendarmerie contrôlera la quasi-totalité de la logistique sécuritaire.

L’influence de Hosni Benslimane s’étendait jusqu’aux terrains de sport : l’ancien gardien de but de l’équipe de football de l’Association sportive des FAR a été pendant de longues années président de la Fédération de football et vient tout récemment de lâcher son fauteuil de président du Comité national olympique.

Homme de pouvoir

Lié à l’élite et au pouvoir, Benslimane est le descendant d’une longue lignée de serviteurs du trône : un arrière-grand-père ministre des Affaires étrangères, un oncle président du Conseil du trône et un autre oncle fondateur du PJD, le docteur El Khatib. Mais le général est aussi cité dans les dossiers sombres de l’ère hassanienne. Au point d’être visé par un mandat d’arrêt délivré par la France dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Mehdi Ben Barka, opposant emblématique de Hassan II.

Ce militaire expérimenté a été remplacé par le général de division Mohamed Haramou, qui, à 60 ans, représente une nouvelle génération de galonnés

S’il a survécu au « nettoyage » auquel a procédé Mohammed VI lors de son arrivée sur le trône, plusieurs rumeurs ont, au fil des années, annoncé son éventuelle « mise à l’écart ». En juin 2015, par exemple, lorsque la gendarmerie a été écartée de la surveillance des palais et résidences royales – une décision annulée depuis. Mais aussi cette année, au moment du Hirak du Rif, quand plusieurs bruits de couloir ont fait état de désaccords entre le général et le Palais quant à la gestion sécuritaire de cette crise.

De façon plus convenue, certains évoquent simplement un renouvellement. Ce militaire expérimenté a été remplacé par le général de division Mohamed Haramou, qui, à 60 ans, représente une nouvelle génération de galonnés. Certains experts affirment que c’est Hosni Benslimane lui-même qui aurait proposé le nom de son remplaçant, qui jusque-là commandait le groupement d’escadrons d’honneur de la gendarmerie. Le gardien du temple aurait ainsi gardé son influence jusqu’au bout.

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