Côte d’Ivoire – Georges Armand Ouégnin : « La croissance, les Ivoiriens n’en voient pas la couleur »

Georges Armand Ouégnin, président d'Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS). © Issam Zejly pour JA

Georges Armand Ouégnin, président d’Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) et ancien ministre de Laurent Gbagbo, est également allié avec la faction du Front populaire ivoirien (FPI) menée par Aboudramane Sangaré.

Issu d’une famille historiquement liée au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et frère de l’ancien directeur de protocole du Félix Houphouët-Boigny, Georges Armand Ouégnin a pourtant choisi l’opposition.

Ce professeur de médecine, ancien ministre de Laurent Gbagbo, vice-­président du Rassemblement pour la paix, le progrès et le partage (RPPP), a pris la tête, en avril dernier, de la nouvelle coalition de l’opposition, Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS). Cette plateforme politique regroupe une dizaine de formations, dont la puissante frange du Front populaire ivoirien (FPI) menée par Aboudramane Sangaré.

Jeune Afrique : L’année a été socialement agitée en Côte d’Ivoire. Pourtant, l’opposition est restée très discrète…

Georges Armand Ouégnin : Pas du tout, nous avons donné de la voix, fait des déclarations, des manifestations… Nous ne cessons de dénoncer le manque de redistribution, dans un pays où l’on nous parle d’une extraordinaire croissance mais où le panier de la ménagère ne se remplit pas. Cette croissance, ces richesses, les Ivoiriens n’en voient pas la couleur.

La grogne a été marquée par les mutineries d’ex-membres des Forces nouvelles intégrées à l’armée, en mai et juin derniers. Avez-vous compris leurs motivations ?

Ce que nous avons compris, c’est que les mutins réclamaient des primes de guerre pour avoir renversé Laurent Gbagbo en 2011. Il s’agit là d’une dette privée. Pourtant, c’est avec l’argent public qu’elle a été payée. C’est totalement anormal. Le gouvernement a même été obligé de contracter des emprunts tant cela a coûté. Quand on pense qu’au même moment les fonctionnaires réclamaient le règlement d’arriérés de salaires et qu’ils ne parvenaient pas à se faire entendre, on se rend compte de l’injustice.

Il ne peut pas y avoir de réelle démocratie sans élection transparente et sans réconciliation

La plateforme EDS, que vous présidez, a été créée en avril. Pourquoi mettre sur pied une nouvelle coalition alors qu’il en existe déjà plusieurs ?

Nous avons estimé qu’il était nécessaire de rassembler tous ceux qui se reconnaissent dans le combat de Laurent Gbagbo. Nous sommes là pour reconquérir le pouvoir et restaurer la démocratie.

Depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo en 2011, il semble que l’opposition ne parvienne pas à se relever. En 2016, une partie a boycotté les législatives, l’autre y a participé, mais elle n’a recueilli que trois sièges.

Nous sommes bien présents et profondément convaincus de pouvoir remporter les prochaines élections. Lors des derniers scrutins, nous avons appelé au boycott car les conditions d’élections justes n’étaient pas réunies. Nous ne sommes pas les seuls à le dire. En 2016, la Cour africaine des droits de l’homme a estimé que la commission électorale était déséquilibrée et a exigé qu’elle soit réformée. Mais rien n’a été fait ! À nos yeux, cette instance est donc illégale.

Voilà notre combat, car il ne peut pas y avoir de réelle démocratie sans élection transparente et sans réconciliation. Cela impose aussi la libération de Laurent et Simone Gbagbo et de Charles Blé Goudé.

J’ai en permanence un pincement au cœur, car la place du président Gbagbo n’est pas dans une cellule de 8 m²

Allez-vous participer à la présidentielle, en 2020 ?

Nous considérons que la voie des urnes est la meilleure pour parvenir au pouvoir. Nous participerons aux prochains scrutins à condition que des élections équitables soient organisées : 2020 ne doit pas être une répétition 2015.

Des alliances pourraient-elles se constituer, notamment avec des membres du PDCI ?

En politique, rien n’est figé. Donc ce n’est pas exclu, même si ce n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour.

Et avec Guillaume Soro ?

Il est vice-président du RDR, parti auquel nous sommes opposés… La question me paraît surprenante.

Avez-vous récemment eu des nouvelles de Laurent Gbagbo ?

Je l’ai rencontré en août dernier à La Haye. J’ai trouvé un homme digne dans l’adversité. Lui et Charles Blé Goudé sont victimes d’injustice. J’ai en permanence un pincement au cœur, car la place du président Gbagbo n’est pas dans une cellule de 8 m².

 

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